Carré
d'Europe N°6 – PRINTEMPS 2001 L'Europe
vue de Midi-Pyrénées
Airbus
au ras du bitûme
La
décision de construire le gros porteur A380 à
Toulouse est donc prise. La dernière zone verte de
Blagnac sera rayée de la carte, et l'on fera un jour le
compte réel des emplois créés localement
au regard des colossales subventions accordées…
Il faut maintenant faire suivre la logistique de ce géant
européen qu'est Airbus, et se demander (enfin ?) comment
faire venir les tronçons de ce colosse (aile de 48
mètres de long, section de fuselage de 12 mètres
sur 13) depuis le port de Langon jusqu'au site d'assemblage à
Toulouse. Plusieurs trajets sont envisagés : par les
Landes et le Gers, ou par le Lot-et-Garonne et le Gers. Ce
sera, de toute façon, un itinéraire à
grand gabarit, dit "d'intérêt national",
qui nécessitera le classement en route nationale de
routes départementales. De nombreux travaux
d'aménagement seront nécessaires : déviations,
élargissements et rectifications de tracés,
destruction d'espaces vierges, démolition de ponts et
d'angles de maison, installation d'une foule de feux tricolores
et de panneaux …
Le
tout est évalué à 1,5 milliard de francs.
Quel impact pour les populations et leur cadre de vie ?
Personne ne semble en mesure de répondre. Pourtant, une
fois l'itinéraire réalisé, des convois
l'emprunteront de nuit, avec interdiction de circulation sur
100 km en amont et aval pour les riverains. Les énormes
camions ne rouleront qu'à une vitesse de 15 à 20
km/h, au rythme d'un convoi par semaine dans un premier temps,
puis à un rythme bien plus soutenu, et ce pendant des
décennies.
Après quelques réticences
(pour mieux faire monter les enchères ?), les
collectivités locales concernées voient bien
l'intérêt qu'elles peuvent tirer des
"compensations" qui leur seraient accordés en
subventions d'aménagements. Certains élus vont
peut-être se battre pour avoir chez eux "l'autoroute
Airbus". Les responsables du consortium européen,
malgré l'évidence, bondissent à
l'évocation de ce terme : Malheureux ! Ne dites surtout
pas aux Américains de Boeing qu'Airbus va bénéficier
- ce qui est contraire aux accords sur la concurrence loyale -
d'aides publiques pour ses infrastructures ! Il faudra donc
recouvrir d'un hypocrite silence le fait que, une fois encore,
l'argent du contribuable européen ira au secours des
actionnaires du secteur privé, et à des
aménagements routiers qui n'ont rien d'indispensable
puisqu'une solution alternative bien moins onéreuse est
possible : le dirigeable.
Oui, le dirigeable ! Tant d'années
après que le Hindenburg se fut consumé dans les
airs, il est grand temps de redécouvrir ce mode de
transport aujourd'hui totalement sécurisé par les
techniques modernes, et surtout infiniment moins coûteux
que le transport terrestre. En Allemagne, en Angleterre, en
Russie, aux États-Unis, les projets de dirigeables se
multiplient. Les études montrent que les avantages
économiques sont indéniables, la consommation
d'énergie à la tonne transportée étant
ridiculement faible. La vitesse de déplacement avoisine
les 100 km/h et les charges utiles vont jusqu'à 150
tonnes ! Et tout cela en silence, sans avoir à repenser
les gabarits des ponts ou à déplacer les réseaux
électriques, et sans gêner les populations.
Cette
solution a même un temps été envisagée
par Airbus, mais les financements publics paraîtraient
bien plus difficiles à obtenir, le lobby du bitume
semblant plus fort que celui de l'hélium.
Et si
l'Europe, si fière de "son" Airbus, s'en
mêlait ?
Conseil
Régional d'Aquitaine
Groupe des élus
Verts
14, rue François de Sourdis,
33077 Bordeaux
cedex