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La manifestation monstre, le 15 mars dernier dans les rues toulousaines, menée par un impressionnant cortège d'élus conduit par le Président du Conseil Général, le Président du Conseil Régional et le Vice-Président du Parlement Européen, contre la fuite en avant que représenterait un nouvel aéroport, semble pourtant prouver que la prise de conscience est peut être - enfin - au rendez vous…


Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°14 – PRINTEMPS 2003 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Vol au-dessus d’un nid de cocus ?

À Toulouse, l’avion est roi, et, comme tout roi, il a une cour servile. Celle-ci veut offrir un nouveau palais au monarque, sous forme d’un nouvel aéroport dans la région toulousaine. Ce projet a relancé le débat sur une situation trop longtemps et trop complaisamment imposée : la croissance intolérable du trafic aérien au-dessus de la ville même de Toulouse, nuisance dénoncée depuis longtemps par les Verts aux cotés des riverains de l’aéroport de Blagnac.

À l'heure où l'Union Européenne veut harmoniser - et densifier - les flux aériens par la création du "Ciel unique européen", rappelons que transport aérien n’est pas concerné par l’accord de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, et que son développement n’a donc aucune contrainte, malgré son impact certain sur l'atmosphère et la santé des millions de riverains d'aéroports.

Alors que les autorités régionales déclenchent des manifestations hostiles en agitant une liste de sites possibles pour un aéroport supplémentaire (voir carte), on ignore les mesures alternatives pour réduire le problème - la frénésie de mouvements d'avions - à la source : Taxation du kérosène pour dissuader les transports aériens (notamment de fret) intempestifs - Financement des gestionnaires d'aéroports non plus au nombre de rotations d'appareils, mais sur le bon taux de remplissage de ceux-ci - Utilisation des 2,8 milliards d'euros prévus pour ce nouvel aéroport pour la mise en TGV de la ligne Toulouse Bordeaux permettant de mettre Toulouse en 3 heures de Paris de centre à centre (la moitié des passagers de Blagnac pourraient alors basculer vers le rail) - Développement des vidéo-conférences pour limiter les "voyages d'affaires" d'une demi journée (qui représentent une large part du trafic des heures de pointe). Ces mesures devraient être complétées par la dispersion des nuisances par transfert des vols charters ou fret vers les autres aéroports régionaux sous utilisés, ainsi que par l'adoption par l'Europe de mesures interdisant les vols de nuit ou promouvant l’insonorisation des habitations.

Le collectif contre les nuisances aériennes dans l’agglomération toulousaine considère pourtant que seule une nouvelle plate-forme aéroportuaire stopperait définitivement les nuisances de l’aéroport actuel. Carré d'Europe donne la parole à Madame Demander, sa présidente.

En quoi les solutions proposées par les Verts, ici et ailleurs en Europe, ne suffiraient-elles pas pour réduire les nuisances ?

Personne n'a, à l’heure actuelle, de poids suffisant pour contraindre les aéroports, tel celui de Toulouse-Blagnac, dans leur développement. Nous, riverains, nous sentons parfois un peu seuls dans ce combat. S'il est effectivement indispensable de promouvoir le TGV, nous ne pensons pas que cela réduira le trafic des avions, car des études montrent que l’arrivée d’un TGV peut accroître tout le trafic, y compris aérien. Quant à la délocalisation de certains vols, pourquoi pas, mais il me semble que les compagnies n’iront pas à Tarbes ou Carcassonne - trop petit, trop loin - et préfèreront atterrir directement à Montpellier ou Barcelone. De toutes façons, si ce transfert se faisait, il ne concernerait au maximum que 20 000 mouvements. Le projet du nouveau Plan d’Exposition au Bruit (PEB) porte sur 174 000 mouvements, il en resterait 154 000. Alors qu’avec les 100 000 actuels, nous sommes saturés !

À combien évaluez-vous le nombre de personnes touchées ?

Il est édifiant de voir que l'aéroport de Blagnac a le plus grand nombre de personnes dans les zones les plus exposées au bruit, à égalité avec Orly, et largement devant celui de Roissy ! Il y a 100 000 personnes en souffrance. Il faut soit les déménager, soit déménager l’aéroport. Puisque notre ville à la prétention d’être la vitrine de l’Europe aéronautique, il devrait y avoir dans ce domaine aussi une exemplarité toulousaine…

Pourtant, un éventuel nouvel aéroport, c’est à l’horizon de 15 à 20 ans…

Absolument, sauf s’il y a une réelle volonté politique… Nous devons bien sûr, en parallèle, réfléchir à des limitations ou des transferts de trafic, et imposer qu’il n’y est plus aucun vol de nuit, même si le projet de PEB à 2020 en prévoit 40… Mais nous ne voyons pas de vraies limitations de nuisances sans création d'un autre aéroport. Ceux qui défendent, vous comme nous, l’arrêt du développement des aéroports ont, à notre avis, peu de moyens d’y parvenir…