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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Ouf ? Chut ? Zen ? … Beurk !
Depuis quelques semaines, la ville de Toulouse affiche, à pleins murs, ses vues en matière de transports. La ville a ainsi englouti 220 000 euros pour une campagne de communication … ou d'intoxication. Ses slogans sont axés autour de trois mots : Avec la mairie de Toulouse dites OUF (oui à une 2ème rocade autour de Toulouse), dites CHUT (Oui à un aéroport hors de Toulouse) et soyez ZEN (Le TGV au plus vite pour Toulouse). Analysons le triptyque dans l'ordre :
OUF ?
Présenté comme la panacée à la congestion croissante du périphérique toulousain, le grand contournement autoroutier est un remède aussi illusoire que coûteux. Son effet sur les véhicules en transit ainsi détournés ne serait que marginal puisqu'il serait annulé en 3 ans de simple croissance de trafic sur le périphérique. "Il est à l’opposé des engagements européens de la France, qui, pour satisfaire aux accords de Kyoto, avait promis d'arrêter le tout-voiture, et de favoriser les transports en commun, le vélo et les piétons" s'indigne Jean-Charles Valadier, porte-parole des Verts de la cité rose. Or l'agglomération toulousaine est déjà classée parmi les plus mauvais élèves de l'Union : 80 % de déplacements s'y font en auto, à comparer aux 30 % des villes européennes les plus modernes. Selon Stéphane Coppey, conseiller communautaire vert du Grand Toulouse, au-delà des dégâts sur la qualité de l'air, l'impact du grand contournement sur l'urbanisation de l'agglomération serait terrible : "cette méga rocade encouragerait un étalement urbain encore plus important, rendant ces nouveaux territoires accessibles depuis Toulouse par le seul mode routier, et donc captifs d'un cortège de véhicules supplémentaires venant gonfler toujours plus les pénétrantes et le périphérique actuel". Les déclinaisons des directives européennes en termes d'aménagement urbain sont pourtant claires : seule une réduction de la circulation et du stationnement en centre-ville, couplée à un développement des transports collectifs et du fret ferroviaire, est en mesure d'endiguer la croissance effrénée du trafic sur bitume. Pour Stéphane, "Toulouse donnerait ainsi un début de réalité aux engagements pris par les collectivités françaises au sommet de Johannesburg en faveur du développement durable".
CHUT ?
Avec un prix du pétrole installé durablement sur des sommets, l'aéronautique civile européenne voit le ciel de son développement se couvrir de nuages… Au lieu de s'interroger sur la pertinence d'un modèle où le trafic aérien augmenterait encore et encore, se contenter de promettre la construction d'un nouvel aéroport …dans 20 ou 30 ans (!) relève d'une écœurante démagogie, doublée d'un total aveuglement. Sans parler du mépris pour tous les citoyens (certes non électeurs toulousains) concernés par cette éventuelle plate-forme. Qui peut d'ailleurs croire que l'avion va quitter Blagnac, à l'heure où ces mêmes élus toulousains viennent d'inaugurer le colossal site Aéroconstellation, et son cortège de vols d'essais des A380 et de maintenance des A320 ? Soulager les toulousains accablés de bruits aéroportuaires est pourtant - et depuis longtemps - une urgence. Stéphane rappelle la large palette des vraies solutions immédiates : "isoler les logements en faisant abonder les crédits d’État par les collectivités territoriales, interdire les avions les plus bruyants et les vols de nuit, privilégier les vidéoconférences plutôt que la "transhumance journalière de cadres" sur l'Ile de France, reporter certains trafics - charter et fret - sur les aérodromes régionaux désertés…" Jean-Charles ajoute : "…et taxer le kérosène ! Car l'avion ce n'est pas que du bruit, c'est une destruction majeure du climat, fiscalement encouragée, partout dans l'Union européenne…"
ZEN ?
Le projet de TGV est le seul à obtenir un soutien des écologistes, à condition de veiller à son intégration dans les territoires traversés, et au développement simultané des dessertes ferroviaires régionales. Gérard Onesta avait d'ailleurs été co-fondateur en ce sens, dès 1990, de l'association TGV Eurosud : priorité au rail ! Mais le "Zen" de la Mairie sonne faux par son incohérence : si les crédits nécessaires pour relier Toulouse à Paris en 3 heures par le rail (et ainsi remplacer de nombreux avions) sont aux abonnés absents, c'est bien parce qu'ils sont engloutis dans des contournements routiers ou de nouvelles plates-formes aéroportuaires !
Le Livre blanc de la Commission européenne le rappelle : la force d'une bonne politique de transport, c'est de faire d'abord ce qui est "zen", et l'on obtient aussitôt - sans saccager l'environnement, la santé et le portefeuille des contribuables - les effets "Ouf" et "Chut"…
Stéphane COPPEY
Jean-Charles VALADIER
Les Verts, 60 Bd des Récollets 31400 Toulouse