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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Ligne de front
Deux logiques s'affrontent. Inconciliables. D'un côté, on trouve le "château d'eau nucléaire" français, d'une EDF en voie de privatisation bien qu'engloutissant des budgets publics colossaux, qui ne sait plus comment fourguer - sur des distances de plus en plus longues - ses mégawatts excédentaires (15 % de sa production). De l'autre, les énergies renouvelables - privilégiant la production de proximité - que les pouvoirs publics français laissent en déshérence…
Coté atomique, on balaye d'un revers de main tous les reproches liés au transport : déperdition d'énergie, saccage environnemental des paysages, vente à vil prix pour écouler la production, troubles sanitaires pour les populations exposées au rayonnement des lignes, coût prohibitif venant en déduction des budgets de développement des énergies alternatives… Côté énergies propres, on tire la sonnette d'alarme : alors que la France est tenue par les objectifs de la directive européenne qui fixe à 21 % la part d'énergie "verte" à atteindre en 2010, notre pays a vu ce secteur passer de 18 % en 1990, à… 13,5 % en 2003 ! Soulignons, de plus, que 97 % des énergies renouvelables françaises sont fournis par les seuls barrages hydroélectriques. Le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), en février dernier, a souligné que Paris était le cancre de la classe européenne : par exemple, en capacité éolienne installée, la France n'a que 386 mégawatts, contre 1 125 MW pour l'Italie, 8 200 MW pour l'Espagne, et 16 600 MW pour l'Allemagne…
Tout choix énergétique est, fondamentalement, un choix de société. Une manche de ce "match" crucial se joue actuellement en Vallespir. Tout à sa fuite en avant, le nucléaire cherche désespérément une voie de passage à travers la chaîne pyrénéenne. Ses tentatives de franchissement à grands coups de balafres de lignes THT ont déjà été bloquées au Pays basque en 1984, puis au Val Louron en 1996, ont ensuite avorté à Gavarnie puis en Couserans en 1999, et encore au Perthus en 2003. Nouvelle tentative, donc, pour le Réseau de Transport d'Électricité (RTE), en amont d'Amélie-les-Bains, pour y installer des pylônes de 60 mètres portant une ligne de 2 fois 400 000 volts… Pour Dominique Janin, porte parole des Verts de Perpignan, "au-delà du saccage insupportable de notre Catalogne imposé par de lointaines "élites", laisser passer cette THT - rejetée par les populations et l'ensemble des élus - serait faire le bouche à bouche au nucléaire obsolète, tout en privant d'oxygène les énergies alternatives". Dominique rappelle que les besoins supposés d'interconnexion franco-ibérique sont, de plus, fantaisistes : "Les 10 % demandés par la Commission européenne, chiffre lancé sans socle scientifique, ne correspondent à aucun besoin réel dans le cas des échanges pyrénéens. En effet, l'Espagne - qui va par ailleurs voir sa production augmentée par l'arrivée de nouvelles centrales de cogénération à gaz - n'est pas déficitaire, mais fait ponctuellement appel à l'électricité française pour pouvoir elle-même vendre, en retour, sur le marché européen."
RTE veut pourtant en force, prétendant - alors que rien n'est officiel - imposer une enquête d'utilité publique en 2005, le début des travaux en 2006 et la mise sous tension en 2007 (!). Réplique des Verts : pas question de favoriser la course libérale entre producteurs d'électricité dans le cadre de la dérégulation européenne en cours. Après avoir participé aux rencontres européennes du Collectif anti-THT, fin 2004, ils demandent qu'un référendum soit organisé par le Conseil Général dans toutes les Pyrénées-Orientales pour contrer cette casse du développement local basé, lui, sur un environnement préservé.
Ce sera un moment clef pour sauver le Vallespir, et réorienter la politique énergétique européenne.
Dominique : janin.dominique@wanadoo.fr
Collectif "400 000 Volts No Grácies !"
www.lesverts66.org
www.collectif-nonalatht.com