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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°11 – ETE 2002 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Ça va gazer

Dans ce coin du Gers, au-dessus de la surface, il y a Barbotan, paisible cité, célèbre pour ses eaux thermales, mais aussi Nogaro et son circuit automobile. Mais sous la surface…
C'est en fait là que, depuis 1980, Elf puis Total, stocke d'énormes quantités de gaz naturel, en provenance de toute la planète, dans une immense poche géologique souterraine. Profitant des périodes de faible demande - où ce combustible est à bas prix sur les marchés - la firme pétrolière emmagasine, sur le site d’Izaute, jusqu'à deux milliards sept cents millions de mètres cubes de gaz (!), dans l'attente de quelques plus-values lors de la revente au prix fort. Tout se passe à quelques centaines de mètres de profondeur, par injection sous 60 bars de pression, en chassant l'eau naturellement présente dans la poche.
Total affirme - on s'en serait douté - qu’il n’y a aucun danger. La confiance cynique de cette multinationale, ne semble guère ébranlée, malgré ses récents désastres de l'Erika et d'AZF… Pourtant, dès le milieu des années 80, des études sérieuses montraient que la structure du sol, notamment la voûte de la poche, n’était peut-être pas si imperméable qu’on le disait à la population. Des fissures, une activité sismique attestée par la présence du thermalisme, couplées à une température ambiante de 50 degrés mesurée dans la poche, font un cocktail bien explosif !
La Directive européenne Seveso doit donc s'appliquer …bien que la France ait tenté de ne pas la transposer pour ce genre de site ! Après les remontrances de Bruxelles face au laxisme de Paris, on devrait connaître bientôt les décrets qui fixeront - avec un retard coupable - les mesures de protection à prendre. On attend avec impatience de voir quels seront les périmètres dits "de sécurité" retenus pour une telle masse de gaz…
Les dangers sont en fait multiples À Izaute, certains gaz injectés comprenant des métaux lourds, les risques de diffusion dans la nappe profonde ne sont pas négligeables, à cause des pressions et des quantités en présence. Ce sont alors des réservoirs d’eau impure que nous laisserons aux générations futures. Que dire aussi des risques économiques qui pèsent sur la station thermale de Barbotan, qui pourrait voir ses eaux curatives ainsi polluées ?
Un décret de 1988 - donc postérieur à la création du site d'Izaute - détermine les conditions requises, dont les études préalables des dangers, pour un stockage selon ce procédé. Ces conditions sont telles, qu'Elf ou Gaz de France qui ont voulu ouvrir des sites équivalents, n'ont, depuis, reçu aucune autorisation. Le principe de précaution, dans sa définition retenue au niveau européen, impose pourtant que l'on s'interroge rétroactivement sur tous les choix industriels, à la lumière de l'avancée des connaissances scientifiques…
Pour certains scientifiques, d'ailleurs, une autre solution semble plus raisonnable : Pourquoi ne pas utiliser, pour ces stockages, de vraies poches de gaz naturel, vides après épuisement des gisements, telles celle de Lacq située, d'ailleurs, à proximité d'Izaute ? Ces poches - déjà reliées au réseau de gazoducs - ayant prouvé leur étanchéité aux gaz pendant des millénaires, seraient ainsi bien mieux utilisées qu'en servant de vide-ordures (voir Carré d'Europe N°4) pour d'autres déchets industriels.
Sous la surface, donc, le risque. Et au-dessus, l'Omerta…

Association Environnement et santé
c/o Gilles Dauga,
Route de Caupenne, 32 110 Nogaro.