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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°12 – AUTOMNE 2002 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Projet opaque à Gaillac

Les amateurs de vin connaissent peut-être cette ville du Tarn célèbre pour le vignoble qui porte son nom : Gaillac.
Depuis quelques mois ce n’est pas la qualité de la prochaine récolte qui occupe les esprits mais un projet dit de “développement économique” proposé par la municipalité.
Sur les terres de la commune, dans la plaine du Tarn, il subsiste l’une des dernières zones vertes, un verger nommé Mas de Rest. Un espace de 65 hectares qui doit accueillir une plate-forme logistique comprenant 4 bâtiments de 30 000 à 60 000 m2 destinés à recevoir une dizaine d’entreprises spécialisées dans le stockage, le conditionnement, l’assemblage, la redistribution de produits textiles ou de pièces mécaniques pour l’aéronautique. Sans plus de précisions !
L’investisseur est la société ATEMI, filiale du groupe parisien Marceau investissement, qui se présente comme une société spécialisée dans “la conception, l’exécution et la réalisation d’installation industrielle clé en main”… Marceau investissement, c’est aussi un agglomérat de banques qui est spécialisé dans les accords financiers transnationaux avec certains holding américains spécialisés dans la gestion des fonds de pension…
Dès l’annonce de ce projet, un groupe d’individus, d’association et de viticulteurs s’est constitué au sein d’un collectif, “j’aime Gaillac”, pour dans un premier temps, tenter d’avoir plus d’information sur ce projet jugé opaque et pour solliciter le débat sur l’opportunité d’une telle installation sur la commune. Dépassant les clivages politiques, de nombreuses actions ont été menées (3000 signatures pour une pétition, manifestations, attaque en justice).
La municipalité, menée par un maire socialiste mais sur ce dossier rejoint par son opposition de droite, s’est alors enfermée dans un mutisme étonnant, ne voulant pas communiquer précisément quels types d’activités allaient occuper la zone (avec la question sous-jacente des installations classés dans une région sensible qui a fait sa notoriété par la qualité de son vin) et n’ayant pour seul argument que, l’emploi brandi comme un slogan. Mais de 1000 emplois annoncés au départ, on ne parle plus aujourd’hui que de 400.
Et les opposants au projet ne mènent pas un combat d’arrière garde.
Tout d’abord, l’industrie à risque a fait de graves dégâts dans la capitale régionale il y a tout juste un an. Et puis, selon les prévisions, c’est un trafic de 700 à 1000 camions par jour qui circuleraient sur les routes de la commune, à quelques centaines de mètres seulement du vignoble AOC gaillacois.
Ensuite, le mode de développement économique proposé ici a trop souvent été mis à mal : combien d’entreprises se sont installées sur des communes attirées par les ponds d’or qui leur étaient fait et qui, quelques années plus tard, sont parties ailleurs, là où les actionnaires jugeaient l’endroit plus rentables ?
Enfin, c’est plus largement toute la politique d’aménagement du territoire de la commune qui est ici posée.
Il est évident que la question de l’emploi est cruciale. Mais ne faut-il pas repenser le mode de développement économique en aidant les porteurs de projet plus petits en s’appuyant par exemple sur l’économie sociale et solidaire qui assure des emplois locaux durables ? Ce modèle économique ne pourra s’imposer que si l’Europe s’empare réellement de cette nouvelle façon d’envisager le travail et le développement économique…
Poussé dans ses retranchements, la municipalité gaillacoise a décidé d’accéder à la demande du collectif de faire un référendum qui permettra aux habitants de s’exprimer sur l’avenir de leur ville. Souhaitons que la démocratie locale y trouve son compte et que les gaillacois puissent s’exprimer en toute connaissance de cause…

Collectif j’aime Gaillac
BP 127, 81600 Gaillac
www.jaimegaillac.org