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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°6 – PRINTEMPS 2001 L'Europe vue de l'Hémicycle
Les animaux malades de la PAC

Du poulet à la dioxine à la fièvre aphteuse en passant par la vache folle, la Politique Agricole Commune (PAC) n’en finit plus de traverser des zones de turbulence. Le programme actuel de la PAC devait s’achever en 2006, mais tout porte à croire que, face à une crise sans précédent, un virage salutaire sera pris dès 2002 ou 2003. Les cogestionnaires du système en faillite, tels Jean Glavany, ministre français de l’Agriculture, ou encore Franz Fischler, commissaire européen en charge du dossier, sont subitement touchés par la grâce et déclarent aujourd’hui qu’il faut rompre avec le productivisme. D’ailleurs, si le Royaume-Uni semble à la source de tous les maux agricoles actuels, c’est bien parce qu’il a poussé, pendant l’ère Thatcher, le productivisme agricole à son paroxysme : concentration des exploitations, diminution du nombre de vétérinaires, marchandisation à l’extrême des filières, etc.
Premier changement de cap : la nomination de deux écologistes comme ministres de l’agriculture, en Italie (Alfonso Pecoraro Scanio) et en Allemagne (Renate Künast), réorientant fondamentalement la politique agricole. En revanche, signe plus inquiétant : l’Europe paralysée par ses procédures de décision “renationalise” sa seule vraie politique intégrée, déléguant les décisions aux égoïsmes nationaux, à un moment où l’agriculture européenne a justement besoin de plus de concertation et de cohérence. Les Verts Danielle Auroi et Friwi Graefe zu Baringdorf, membre et président de la commission Agriculture du Parlement européen, tempêtent de voir que ce Parlement dispose de très peu de pouvoirs pour réorienter la PAC, alors que celle-ci absorbe près de la moitié du budget de l’Union européenne. Et le traité de Nice ne changera rien à cela.

Pour les Verts européens, la réforme de la PAC doit être engagée sur tous les fronts

1• Intégration du principe de précaution dans la production de denrées alimentaires

2• Garantie de critères écologiques et sociaux pour l’obtention d’une aide publique ;

3• Organisation d’une concurrence loyale : suppression du dumping à l’exportation, qui déstabilise l’agriculture du tiers-monde ; adaptation des règlements en matière d’hygiène ; suppression des privilèges pour les exploitations agro-industrielles ;

4• Qualification et diversification des aides vers des marchés de qualité : extensification et limitation des primes par exploitation ;

5• Transfert progressif des moyens de la production vers la gestion de l’espace rural, la promotion des produits de qualité et leur moyen d’identification ;

6• Promotion d’une agriculture moins polluante, aides à la reconversion en ce sens

7• Maîtrise de la production et bilan protéique : assainissement des terres arables au lieu de leur mise en jachère ; primes à l’herbe plutôt qu’à l’ensilage de maïs ;

8• Protection des agriculteurs et des pratiques saines dans le cadre des négociations agricoles de l’OMC, afin d’éviter d’absurdes mesures de rétorsion de la part des Etats-Unis, par exemple ;

9• Recherche agricole axée sur l'innovation dans l'agriculture biologique et l'exploitation des ressources génétiques; moratoire sur les OGM ; dialogue permanent entre producteurs et consommateurs.

10• Contrôle démocratique et codécision du Parlement européen pour la PAC