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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°13 – HIVER 2002-2003 L'Europe vue d'Aquitaine
Le jour où la PAC s'est figée

L'été dernier, Franz Fischler, Commissaire européen chargé de l¹Agriculture, faisait des propositions pour une révision de la Politique Agricole Commune (PAC). Elles comportent des aspects positifs indéniables, surtout en liant les aides directes à des critères de qualité, à l'emploi, au respect de l'environnement, à la traçabilité des produits... Mais ce projet n'est pas abouti en termes économiques. Danielle Auroi, eurodéputée Verte française, spécialiste des questions rurales, craint les concurrences déloyales : "on ne peut pas d'un côté demander aux agriculteurs d'avoir des produits de meilleure qualité, donc plus chers, et ne pas exiger les mêmes garanties de la part des denrées importées à vil prix, car produites parfois de façons sociale et écologique indécentes ".
La réforme proposée par la Commission, pourtant largement validée cet automne par le Parlement Européen, a fait long feu en passant devant le Conseil Européen. Jacques Chirac - éternel gardien des intérêts de l'agriculture intensive, aussi polluante que subventionnée - a tout bloqué. Alors que la Ministre Verte de l'agriculture allemande, Renate Kuenast, plaidait pour une remise à plat du système dès 2003, les règles du jeu de la PAC se retrouvent figées jusqu'en 2006, et les budgets bouclés jusqu¹en 2013. Il aurait pourtant été judicieux de réformer en profondeur avant l'élargissement de l'Union, car comment dégager ensuite un consensus avec 25 pays autour de la table ? Le débat sur la PAC, (plus de 40 % du budget communautaire !), n'est-il pas tout simplement pris en otage par les nouvelles négociations en vue à l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce ?

Carré d'Europe a rencontré Jean-Pierre Leroy, porte-parole de la Confédération Paysanne d'Aquitaine et ancien secrétaire national. Il nous a donné son sentiment.

Quels reproches faites-vous aux propositions de la Commission ?
Nous leur reprochons de n¹être qu¹une mise en conformité avec la volonté mercantile de l¹OMC. C¹est donc une PAC libérale qui nous est proposée, "compétitiviste" dans le sens de la recherche de marchés internationaux, sans s¹occuper des dynamiques territoriales et de la vie sociale des paysans. Pour les faire accepter par les citoyens, le Commissaire les a habillées de quelques "guirlandes vertes".

En quoi est-ce une PAC libérale ?
Il s¹agit de découpler les aides de la production. Cela va démanteler les organisations communes de marché qui, même si elle ne sont pas parfaites, permettent une régulation minimale. Les agriculteurs iront donc vers des productions de manière spéculatives et rentables à un moment donné. Il y aura des coups de balancier dans tous les sens : des pics de production qui entraîneront une baisse des cours, puis le repli sur une autre production, et ainsi de suite. Et à chaque crise, ce seront des pans entiers de la paysannerie qui disparaîtront.

Comment faire une bonne réforme de la PAC ?
Il faudrait remettre en phase la production avec les coûts de revient, en instaurant des prix différenciés en fonction des volumes produits par exploitation, pour favoriser les petits producteurs. Il faut également remettre en cause la monoculture pour passer à une agriculture d¹assolement, en réutilisant des céréales à paille par exemple, pour réduire la consommation d¹eau. Il faut aussi penser au renouvellement des paysans, terriblement déficitaire en ce moment. Moins il y de paysans, plus les exploitations grossissent, et l¹on se dirige alors inexorablement vers une agriculture européenne hyper-industrialisée. Un territoire productif mais désertifié n¹est pas un signe d¹équilibre social dans une région. Enfin, l¹élargissement de l'Union à l¹Est ne doit pas tuer la petite agriculture très présente dans les pays entrants. C¹est un enjeu important pour la PAC dans les années à venir, car à 25 pays, le risque de la victoire d¹une agriculture "capitalistique" est toujours plus grand. J¹étais en Pologne, il y a quelques temps. L¹agriculture vit encore sur des marchés locaux, et est la trame du tissu social. Elle risque, dans le cadre de la future PAC, d'être broyée par le marché et la finance...

Jean-Pierre Leroy
Tèl : 05 57 58 22 17
Fax : 05 57 58 21 74
e-mail :
Jp.leroy.paysan@wanadoo.fr

Danielle Auroi
e-mail :
dauroi@europarl.eu.int