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Plus de cent villes en France ont déjà interdit les OGM dans les cantines municipales. Des actions pour convaincre les municipalités sont en cours dans notre région. Ainsi, les Verts de Tarbes, la Confédération paysanne et l'UMINATE 65 ont lancé une grande campagne de sensibilisation dans toutesles Hautes-Pyrénées. Des actions bientôt relayées par d'autres départements, dont le Tarn…


Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°2 – PRINTEMPS 2000 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
"OGM destroy"

Partout en Europe, la lutte contre les OGM (organismes génétiquement modifiés) s’organise. Ainsi, alors que certains saccagent le bureau d’une ministre, d’autres préfèrent des actions, tout aussi illégales, mais qui mettent en évidence les dangers de la manipulation des espèces et de la mondialisation débridée.
Avant même le démontage du Mac-Do de Millau, qui a rendu célèbre José Bové, des militants de la Confédération paysanne et des Verts étaient déjà en lutte contre cette "mal-bouffe" et contre une certaine vision de l’agriculture et de la mondialisation économique. Nous avons rencontré Françoise Matricon, militante de la Confédération paysanne et porte-parole des Verts de l’Ariège, et Raymond Fabrègues, porte-parole de la Confédération paysanne en Aveyron.

Quelles sont les dernières actions que vous avez menées ?
Françoise Matricon
: Nous avons détruit en juillet 1999 un champ expérimental de colza transgénique. Sans longue préparation, nous nous sommes retrouvés à 250. Preuve que la question des OGM intéresse beaucoup et que des gens sont prêts à prendre des risques pour les combattre.
Raymond Fabrègues : Je voudrais revenir sur trois actions. La première a été menée aux douanes de Toulouse. Nous avons découvert que des entreprises importaient des farines animales malgré l’interdiction. Nous avons porté plainte contre les entreprises, mais l’instruction traîne. La deuxième, plus récente, c’est l’action au Centre de coopération internationale, de recherche agronomique et de développement (CIRAD) à Montpellier, avec des paysans indiens venus en France pour dénoncer les dangers de l’emploi d’OGM dans leur agriculture traditionnelle. Notre objectif n’était pas spécialement de détruire des plants, mais lorsque les Indiens se sont rendus compte qu’ils étaient en présence de plants de riz génétiquement modifié, ils ont suivi leur mot d’ordre : "OGM destroy". La dernière, c’est l’action à la RAGT (entreprise de semences) de Rodez, en juin 1999, où nous avons détruit des plants de maïs transgénique.

Quelles ont été les suites ?
F.M.
: Cinq personnes, militant Verts et/ou de la Confédé, ont été inculpées. L'organisme qui expérimente les plants transgéniques nous réclame 250 000 F de dommages et intérêts. Nous attendons les convocations au tribunal.
R.F. : Pour l’action à la RAGT, 71 personnes ont déclaré et signé qu’elles étaient présentes. Difficile donc de poursuivre tout ce monde. Par contre, la justice veut montrer que c’est la Confédération paysanne qui a tout organisé. La police a perquisitionné le siège de la Confédé. L’objectif est d’interdire le syndicat (mais ils auront du travail…) ou de lui empêcher toute représentation professionnelle en interdisant les droits civiques à ses représentants. Mais nous ne sommes pas qu’une vingtaine, et s’ils arrivent à nous condamner (et ce n’est pas encore fait), d’autres prendront la relève… Pour l’action au CIRAD, plusieurs porte-parole départementaux sont mis en examen.

Quel impact ont eu ces différentes actions ?
F.M.
: Notre objectif principal était de faire du bruit autour de l’opacité qui entoure les OGM. Nous y sommes parvenus. Car si certains prennent des risques personnels pour lutter contre les OGM, c’est que le danger peut être important pour la santé. De plus notre action a déclenché un débat de scientifiques sur les OGM, lancé par le quotidien Libération.
Quant aux professionnels agricoles, ils voient ces actions d’un mauvais œil. Pour eux, il faut laisser faire les scientifiques…
Ils ne se rendent pas compte que c’est la confiscation absolue de la souveraineté alimentaire qui se joue. C’est aussi dramatique pour le tiers monde. On leur fait miroiter qu’avec les cultures d’OGM, ils ne mourront plus de faim. Mais quand les grandes firmes auront l’exclusivité, elles feront payer leurs semences au prix fort. C’est inadmissible.
R.F. : Une prise de conscience que la nourriture ne doit pas être considérée seulement comme une simple marchandise, que les intérêts économiques et la rentabilité à tout prix peuvent avoir de graves répercussions sur la santé et sur l’agriculture en général.
Nous voulons aussi montrer qu’il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que des techniciens et des chercheurs font des études sur les gènes. Plus largement, c’est un droit millénaire des paysans qui est remis en cause. Si une ou deux multinationales possèdent la génétique des semences, elles auront entre les mains le brevet du droit du vivant. C’est philosophiquement inacceptable. De plus, on va vers une industrialisation caricaturale de l’agriculture. C’est la robotisation de l’agriculture qui s’annonce, et à travers elle la déshumanisation de la société.
Un Indien me disait : "nos semences sont plus vieilles que nos temples". Leurs semences sont en effet un véritable patrimoine culturel.


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