Carré
d'Europe N°2 – PRINTEMPS 2000 L'Europe
vue de Midi-Pyrénées
"OGM
destroy"
Partout
en Europe, la lutte contre les OGM (organismes génétiquement
modifiés) s’organise. Ainsi, alors que certains
saccagent le bureau d’une ministre, d’autres
préfèrent des actions, tout aussi illégales,
mais qui mettent en évidence les dangers de la
manipulation des espèces et de la mondialisation
débridée.
Avant même le démontage
du Mac-Do de Millau, qui a rendu célèbre José
Bové, des militants de la Confédération
paysanne et des Verts étaient déjà en
lutte contre cette "mal-bouffe" et contre une
certaine vision de l’agriculture et de la mondialisation
économique. Nous avons rencontré Françoise
Matricon, militante de la Confédération paysanne
et porte-parole des Verts de l’Ariège, et Raymond
Fabrègues, porte-parole de la Confédération
paysanne en Aveyron.
Quelles
sont les dernières actions que vous avez menées
?
Françoise Matricon : Nous
avons détruit en juillet 1999 un champ expérimental
de colza transgénique. Sans longue préparation,
nous nous sommes retrouvés à 250. Preuve que la
question des OGM intéresse beaucoup et que des gens sont
prêts à prendre des risques pour les
combattre.
Raymond Fabrègues : Je voudrais
revenir sur trois actions. La première a été
menée aux douanes de Toulouse. Nous avons découvert
que des entreprises importaient des farines animales malgré
l’interdiction. Nous avons porté plainte contre
les entreprises, mais l’instruction traîne. La
deuxième, plus récente, c’est l’action
au Centre de coopération internationale, de recherche
agronomique et de développement (CIRAD) à
Montpellier, avec des paysans indiens venus en France pour
dénoncer les dangers de l’emploi d’OGM dans
leur agriculture traditionnelle. Notre objectif n’était
pas spécialement de détruire des plants, mais
lorsque les Indiens se sont rendus compte qu’ils étaient
en présence de plants de riz génétiquement
modifié, ils ont suivi leur mot d’ordre : "OGM
destroy". La dernière, c’est l’action à
la RAGT (entreprise de semences) de Rodez, en juin 1999, où
nous avons détruit des plants de maïs transgénique.
Quelles
ont été les suites ?
F.M. : Cinq
personnes, militant Verts et/ou de la Confédé,
ont été inculpées. L'organisme qui
expérimente les plants transgéniques nous réclame
250 000 F de dommages et intérêts. Nous attendons
les convocations au tribunal.
R.F. : Pour l’action
à la RAGT, 71 personnes ont déclaré et
signé qu’elles étaient présentes.
Difficile donc de poursuivre tout ce monde. Par contre, la
justice veut montrer que c’est la Confédération
paysanne qui a tout organisé. La police a perquisitionné
le siège de la Confédé. L’objectif
est d’interdire le syndicat (mais ils auront du travail…)
ou de lui empêcher toute représentation
professionnelle en interdisant les droits civiques à ses
représentants. Mais nous ne sommes pas qu’une
vingtaine, et s’ils arrivent à nous condamner (et
ce n’est pas encore fait), d’autres prendront la
relève… Pour l’action au CIRAD, plusieurs
porte-parole départementaux sont mis en examen.
Quel
impact ont eu ces différentes actions ?
F.M.
: Notre objectif principal était de faire du bruit
autour de l’opacité qui entoure les OGM. Nous y
sommes parvenus. Car si certains prennent des risques
personnels pour lutter contre les OGM, c’est que le
danger peut être important pour la santé. De plus
notre action a déclenché un débat de
scientifiques sur les OGM, lancé par le quotidien
Libération.
Quant aux professionnels agricoles, ils
voient ces actions d’un mauvais œil. Pour eux, il
faut laisser faire les scientifiques…
Ils ne se
rendent pas compte que c’est la confiscation absolue de
la souveraineté alimentaire qui se joue. C’est
aussi dramatique pour le tiers monde. On leur fait miroiter
qu’avec les cultures d’OGM, ils ne mourront plus de
faim. Mais quand les grandes firmes auront l’exclusivité,
elles feront payer leurs semences au prix fort. C’est
inadmissible.
R.F. : Une prise de conscience que la
nourriture ne doit pas être considérée
seulement comme une simple marchandise, que les intérêts
économiques et la rentabilité à tout prix
peuvent avoir de graves répercussions sur la santé
et sur l’agriculture en général.
Nous
voulons aussi montrer qu’il n’y a pas qu’aux
Etats-Unis que des techniciens et des chercheurs font des
études sur les gènes. Plus largement, c’est
un droit millénaire des paysans qui est remis en cause.
Si une ou deux multinationales possèdent la génétique
des semences, elles auront entre les mains le brevet du droit
du vivant. C’est philosophiquement inacceptable. De plus,
on va vers une industrialisation caricaturale de l’agriculture.
C’est la robotisation de l’agriculture qui
s’annonce, et à travers elle la déshumanisation
de la société.
Un Indien me disait : "nos
semences sont plus vieilles que nos temples". Leurs
semences sont en effet un véritable patrimoine culturel.
Confédération
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