Carré
d'Europe N°8 – AUTOMNE 2001 L'Europe vue
d'Aquitaine
Huîtres
cherchent plaîdeurs ...
Tout
vrai amateur d'huîtres le sait : on ne déguste ce
fruit de mer qu'en dehors des mois en "R", car il est
inconsommable durant sa période de reproduction, de
début mai à fin août.
C'était
sans compter sur les apprentis sorciers de l'industrie
agro-alimentaire, qui ont "bricolé" une huître
dite "des quatre saisons", consommable toute l'année.
Vivaldi lui-même resterait dubitatif devant cet animal
"triploïde", résultat d'une manipulation
chromosomique, croisemet d'une huître diploïde (deux
lots de chromosomes) et d'une huître tétraploïde
(quatre lots de chromosomes).
S'agit-il d'un de ces OGM,
organismes génétiquement modifiés qui
alimentent tant les débats européens ? "Il y
a au moins "manipulation" génétique"
affirme Michel Daverat, porte-parole des Verts Aquitaine, "nous
devons donc rester prudents et appliquer le principe de
précaution". Certains ostréiculteurs
refusent la production de cette bestiole dans le bassin
d'Arcachon. Ainsi, Jean Conord, président du syndicat
des producteurs de la Côte Noroît, affilié à
la Confédération Paysanne, veut un débat
avec les producteurs et les consommateurs. "Si ce n'est
pas un OGM, l'huître triploïde doit être au
moins considérée comme un nouvel aliment, et
s'adapter au cadre législatif européen en
vigueur". Des études approfondies doivent donc être
menées pour étudier - entre autres - les
répercussions possibles sur la santé. Le principe
de la "vérité sur l'étiquette",
défendu au Parlement européen, pourrait aussi
imposer d'informer les consommateurs sur la nature de l'huître
qu'ils achètent…
Par ailleurs, la remise en
cause d'un système de production est aussi en jeu : ces
huîtres stériles n'étant produites qu'en
"forçant le naturel" en écloserie, les
conchyliculteurs en seraient dépendants comme les
agriculteurs le sont des semenciers. Ce serait là aussi
une privatisation inadmissible du vivant. De plus, comme le
fait remarquer Michel Daverat, "l’ntroduction par
accident d’huîtres tétraploïdes dans le
bassin d’Arcachon ne risquerait-elle pas de créer
une souche d’huîtres triploïdes qui
stériliserait l’ensemble du cheptel".Sachant
que le bassin produit 70 % de la production française de
naissains, les répercussions économiques seraient
catastrophiques.
L'huître est un produit de qualité
tant qu'il reste le fruit de la mer. Contrarier ce cycle
naturel, c'est déjà avoir oublié les
terribles leçons du poulet à la dioxine ou des
farines animales qui ont pourtant fait trembler l'Europe. À
quand les premiers procès ?
Les
Verts Aquitaine
13, rue du Chai-des-Farines 33000
Bordeaux
Michel Daverat
Tél et Fax : 05 56
22 54 80