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Vous
voilà prévenus !
Les
17 et 18 mars 2005, les 9 "prévenus" du "très
médiatique" fauchage de Menville (juillet 2004),
et leurs centaines de "coauteurs et complices"
(sic), seront jugés par le Tribunal correctionnel de
Toulouse. En première ligne de ce rendez vous qui fera
date dans la Justice française, on trouve, aux cotés
de José Bové, le fondateur de la Communauté
de l'Arche, Jean Baptiste Libouban, les parlementaires Noël
Mamère et Gérard Onesta, les conseillers
municipaux toulousains, Pierre Labeyrie et François
Simon, le conseiller régional d'Aquitaine Michel
Daverat, le secrétaire national des Verts, Gilles
Lemaire, et un vieil opposant à toute forme de
totalitarisme, Jean Aimé Gravas. La présence
massive de soutiens, sur place ce jour-là- comme lors
de tous les autres procès visant des faucheurs
volontaires - est indispensable pour montrer la détermination
citoyenne !
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Pour
en savoir plus
 "Pour
la désobéissance civique" de
José Bové et Gilles Luneau Éd.
"La Découverte"
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Gérard
ONESTA Député Vert européen, Vice
Président du Parlement européen
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Citoyenneté
plein champ
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Certains
milieux politico-business croyaient avoir imposé les
OGM. C'était sans compter sur la révolte
citoyenne, qui, d'abord cristallisée autour de l'action
de la Confédération paysanne, a pris, en été
2004, une ampleur sans précédent par l'action
des "Faucheurs volontaires". La désobéissance
civique (re)devient une façon concrète de faire
rimer idéal et politique. Interview d'un de ses
principaux artisans : José Bové.
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Pourquoi
la désobéissance civique ?
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C'est
l'action ultime et légitime, quand tous les autres
moyens ont été épuisés, pour faire
entendre raison aux États et à l'Europe qui se
laissent imposer des OGM par les multinationales. On ne peut
assister sans rien faire au déni de démocratie
que l'on subit en France : 2500 maires ont vu casser leurs
arrêtés interdisant la culture d'OGM sur leur
commune, la majorité des régions - 17 sur 22 - a
exprimé, en vain, des vœux refusant ces
organismes sur leur territoire, tandis que les sondages
montrent que 70 % des Français sont opposés aux
OGM... Malgré ça, les pouvoirs publics
s'entêtent à ne respecter ni le monde rural, ni
la santé de tous. Auparavant, les actions étaient
menées par quelques organisations, mais avec les
faucheurs volontaires on a changé à la fois
d'échelle et de nature : c'est un mouvement de citoyens
qui, au-delà de leurs parcours syndicaux, associatifs
ou politiques, s'engagent dans une action collective tout en
assumant leur responsabilité individuelle. Les élus
y agissent avant tout en tant que citoyens, mais quand des
députés nationaux ou européens viennent
participer à ces actions, c'est aussi pour témoigner
- en tant que législateurs - que la Démocratie
ne fonctionne plus, puisque les votes de leurs assemblées,
notamment du Parlement européen, ne sont pas respectés.
Il était important de retisser aussi du lien entre les
citoyens et leurs élus, pour redonner espoir en
l'action politique, au-delà des calculs électoraux
à court terme.
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Jusqu'où
peuvent aller ces actions ?
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La
désobéissance civique, pour garder sa force, se
doit d'obtenir un résultat. Ici c'est de permettre aux
citoyens d'avoir une agriculture de qualité, donc aux
paysans de pouvoir protéger leurs champs contre les
contaminations transgéniques. C'est aussi d'interdire
toute privatisation des semences par les brevets déposés
par les firmes transnationales. Pour atteindre cet objectif,
il faut une protection qui passe, selon moi, par
l'interdiction totale des OGM, dans la mesure où la
cohabitation "étanche", sur un même
territoire, entre agriculture traditionnelle et agriculture
génétiquement modifiée me paraît
impossible.
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Comment
vois-tu la décision du Tribunal de Toulouse du 8
novembre 2004 d'accepter de juger 224 faucheurs, et pas
seulement 9 personnes, dont toi ?
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C'est
une grande victoire. Face à un Procureur qui avait pour
ordre de poursuivre les "personnalités"
espérant ainsi décapiter le mouvement, le
Tribunal a admis qu'on ne pouvait pas prendre en otage
quelques personnes, alors qu'il y avait plus d'un millier de
faucheurs ouvertement proclamés. En ajoutant au dossier
les noms de 224 "comparants volontaires", le
Tribunal a donc acté, comme nous le revendiquions, à
la fois la dimension collective de l'action, mais aussi que
chacun est responsable à part égale dans cette
action. C'est une première historique pour la
désobéissance civique, car ça crée
une jurisprudence qui pourrait empêcher désormais
cette "ségrégation judiciaire".
Précisons que la comparution volontaire reconnue par le
Tribunal se fait en application de l'article 6 de la
Convention européenne des Droits de l'Homme, qui dit
que chacun a droit à une justice équitable :
déformer les faits en tronquant la liste des acteurs,
n'est évidemment pas équitable.
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Comment
la désobéissance civique anti-OGM
s'exprime-t-elle dans d'autres pays européens ?
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Il
y a eu de nombreuses actions de fauchage en Belgique, en
Italie, en Suisse... mais l'exemple le plus intéressant
est celui de la Grande-Bretagne où les faucheurs ont
été relaxés à plusieurs reprises
par les tribunaux qui ont considéré plus
important de défendre l'intérêt collectif
de l'environnement que les intérêts individuels.
Certaines législations nationales favorisent la
propriété individuelle et l'intérêt
des firmes, d'autres mettent en avant l'intérêt
collectif et la défense de l'environnement pour tous.
C'est d'ailleurs la base de l'article 8 de la Convention
européenne des Droits de l'Homme qui a élargi
son principe au droit à un environnement sain pour
chaque être humain et sa famille.
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Tu
évoques souvent la dimension européenne de ton
combat, pourtant tu as pris position contre le traité
de constitutionnel européen. Pourquoi ?
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L'Union
Européenne est pieds et mains liés aux traités
internationaux, notamment de l'OMC, qui définissent
l'ensemble des règles que ce soit pour l'agriculture,
les services, les investissements... Ce traité ne va
pas à l'encontre de cette mécanique. Pour
preuve, le blanc-seing laissé au Commissaire en charge
du commerce pour négocier dans le cadre de la logique
actuelle.... De plus, même s'il y a des améliorations
dans le fonctionnement des institutions, il n'y a pas
d'avancées réelles pour les citoyens. La seule
chose qui existe c'est la fameuse "pétition d'un
million de signatures" mais dont personne n'est obligé
de tenir compte. Sans rapport de force, rien ne peut changer.
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Pourtant,
dans cette Constitution il y a des outils qui permettraient
d'agir, notamment contre les OGM, puisque le Parlement
européen pourrait enfin co-décider la politique
agricole, au lieu d'en être réduit, comme
actuellement, à simplement la commenter…
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Je
crois que sur la question de fond de l'agriculture, ce n'est
pas ce texte-là qui permettra des changements d'autant
plus que les principes productivistes restent inscrits dans sa
troisième partie. Mais c'est vrai que les conditions
pour créer une dynamique sociale et citoyenne au niveau
européen seront difficiles à réunir. Ce
que je ne trouve pas normal c'est que l'on fasse la confusion
entre construction européenne et les 500 articles
incompréhensibles de cette constitution européenne.
Se dire opposé à ce traité c'est souvent
se faire traiter d'anti-européen : ce n'est pas
correct. On peut être pro-européen, fédéraliste,
et ne pas accepter ce projet tel quel. C'est ensuite une
question d'appréciation…
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Si
ce traité est rejeté, à quelle échéance
penses-tu que l'on pourra avoir mieux ?
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Je
voudrais que dans le cadre de la campagne référendaire,
il y ait une vraie réflexion sur des propositions
alternatives. Pour redonner une cohérence à un
projet, il ne faut pas rester sur un "non". On peut
construire une Constitution qui définisse mieux les
institutions, mais surtout qui intègre à la
démocratie représentative l'aspiration citoyenne
à la démocratie participative. Ça passe
par une reconnaissance de la société civile
européenne, car c'est aussi par là que l'Europe
se crée. Dire non, c'est s'engager à participer
à un processus collectif dynamique permettant de faire
aboutir un nouveau texte. Mais, pour ça, il ne faut pas
que le débat sur le traité constitutionnel
s'enferme dans un débat politicien national. Car il y a
un vrai fossé qui se creuse entre la classe politique
et les citoyens, et ça m'inquiète beaucoup…
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Propos
recueillis par Guillaume Cros
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Les
faucheurs volontaires : www.monde-solidaire.org
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