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"En Allemagne,
80 % des aliments
pour bébés sont bio."
Une image qu'on aimerait voir plus souvent…
Dans la jungle des "labels de qualité", l'Union a mis en place un label "bio" pour aider le consommateur à serepérer. Le connaissiez-vous ?
Certainement pas, hélas…



Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Faites de bio rêves
S'il s'agissait de faire de l'agriculture biologique le fer de lance de l'agriculture durable, et non une sympathique "niche économique" aux visées limitées, l'objectif est loin d'être atteint. C'est l'appréciation que le Parlement européen a porté, en mars dernier, sur le plan d'action européen de la Commission en matière d'alimentation et d'agriculture biologiques, en adoptant massivement le rapport de Marie-Hélène Aubert. Pour cette députée Verte "ce plan se caractérise par très peu de mesures concrètes et encore moins contraignantes, et surtout par un manque total d'ambition. Il illustre bien le double discours tenu par la Commission européenne à l'égard du bio qui ne cesse d'en souligner les vertus, mais qui met en place une Politique Agricole Commune aux mécanismes contradictoires avec l'approche biologique".
En Midi-Pyrénées, l'horizon de "l'agrobio" est encore plus sombre. Le Groupement de Développement de l’Agriculture Biologique (GDAB), confronté à des problèmes de financement de ses actions, a dû déposer son bilan. Cette structure, qui définissait les filières bio à développer et coordonnait les actions des associations départementales d'agrobiologistes, avait pourtant lancé une politique partenariale lui permettant d'occuper la première place en terme de surfaces de bio cultivées. Le Conseil Régional n’est pas disposé à relancer une telle structure qui pourrait rassembler producteurs, consommateurs et représentants politiques. On voit, dés lors, que déléguer totalement au niveau national ou local la faculté de promouvoir (ou pas) le développement du bio, c'est fragiliser toute la filière qui a besoin d'un cadre budgétaire clair, d'objectifs précis, de normes communes, et de soutiens constants.
Sur le papier, le plan de la Commission européenne en faveur de l'agrobio semble cohérent en s'articulant autour de trois priorités : développement du marché, aide publique plus efficace, amélioration et renforcement des normes communautaires. Mais sur le terrain, en France, faute de moyens communautaires pour la promotion ou la recherche, le bio ne se développe qu'à l'initiative des agriculteurs, avec l'appui de citoyens intéressés. Alors que certains États membres, comme le Luxembourg, la Suède ou l'Allemagne, fixent des objectifs à atteindre, en termes de pourcentage de part de marché ou de surface agricole utile, la Commission n'adopte malheureusement pas une telle attitude volontariste et choisit de "faire confiance au marché agricole"… dont elle n'encourage guère, via la PAC, que le volet intensif. Il est loin le temps où un ministre de l'agriculture français affirmait que "l’agriculture biologique doit être le laboratoire de l’agriculture de demain", et que "d’ici 2010, 10 % des terres cultivées devaient l'être en bio". Carton rouge pour l’actuel gouvernement : la mise à mort des Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) et la trop longue mise en place des Contrats d’Agriculture Durable (CAD) a freiné le bio français tout 2004. Le refus de rémunérer les effets positifs de la bio sur l’environnement, comme cela ce fait dans d’autres pays d’Europe pousse les céréaliers bio à revenir à une culture polluante, puisque, privés de soutien, ils vont cette année vendre à perte. Et que dire de la promotion par les autorités de "l'agriculture raisonnée", terme vide de sens qui n'est que le cache sexe de l’agriculture conventionnelle ? Pourtant le bio commence à trouver sa place dans l'Union. De 1985 à 2000, le nombre d'exploitations biologiques y a été multiplié par 25, et la surface agricole qui lui est consacrée (aujourd'hui 3,3 %) par 44 ! Mais depuis - sans relais de financements européens concrets - le bio stagne. Son chiffre d'affaires n'est pourtant pas anecdotique puisqu'il est déjà évalué à 11 milliards d'euros au niveau européen, et à 23 milliards d'euros au niveau mondial.
François Calvet aborde la question dans la globalité et à long terme. Administrateur à la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, il fait du bio labellisé "Nature & Progrès" en Ariège. Pour lui, "l’objectif devrait être que toute l’agriculture européenne devienne rapidement bio, labellisée ou pas. On ne peut plus se contenter d’une simple proportion de bio en Europe, il faut aller vers une agriculture européenne écologique. Le but n’est pas de répondre à un supposé segment de marché, mais de passer à une agriculture qui soit durable. Et la seule qui soit durable …est biologique !". Et François de préciser que "la PAC doit être profondément modifiée pour être centrée sur "l’éco-conditionnalité", c'est à dire la recherche et le développement d’une agriculture qui se passe de pesticides et d'engrais".
Le rapport Aubert souligne par ailleurs que la filière de distribution est un des points faibles de l'agrobio. Même s'il est nécessaire de soutenir la vente directe, "canal historique" pour l'écoulement des produits bio, celle-ci n'est plus une réponse suffisante quand l'objectif est d'atteindre le plus grand nombre, et de ne plus réserver la nourriture saine à une clientèle aisée. Aujourd'hui, les magasins spécialisés en bio, comme la vente de ces produits en grande distribution, mettent en évidence la faiblesse organisationnelle des producteurs biologiques face à la puissance commerciale des grands groupes. Pour permettre aux agrobiologistes, de Midi-Pyrénées et d'ailleurs, de vivre de leur travail, il faut que l'Union aide à la création d'organisations de ces producteurs facilitant la commercialisation par des circuits communs. L'action de l'Europe est aussi attendue au travers de programmes d'information, ainsi que sur la promotion qui pourrait se concentrer, au début du moins, sur les cantines scolaires.
Le force du bio, c'est sa "propreté". On comprend dès lors que Marie-Hélène ait insisté pour que la question des pollutions de cette filière par des OGM ne soit pas abordée par le biais du niveau des seuils "tolérables". Pour les Verts, il est clair qu’en cas de contamination, même fortuite, la responsabilité financière doit incomber exclusivement au transgénique, et non à tout le secteur agricole.
Marie Hélène : mhaubert@europarl.eu.int
François Calvet : Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique
fnab@fnab.org
Tél : +33 (0)1 43 38 38 69