Carré
d'Europe N°11 – ETE 2002 L'Europe
vue d'Aquitaine
Le
long du golfe, pas très clair ...
Le
golfe de Gascogne n'est pas qu'une zone de pêche. C'est
aussi un terrible champ de bataille navale. Les pêcheurs
ibériques et français s'y disputent, jusqu'à
la violence physique, une ressource qui décline, chacun
accusant l'autre de pêcher au-delà des quotas
convenus… La côte basque aurait pu trouver un
motif d'apaisement dans la proposition de Commission Européenne
d'imposer en mer des contrôles impartiaux puisque opérés
par des équipes plurinationales. Il n'en est rien.
Bayonne ou Biarritz n'ont entendu que l'annonce de la
suppression, en Europe, de 8000 emplois de ce secteur, et ce,
chaque année, pendant 3 ans et demi… Personne ne
semble se rappeler que ces emplois déclinaient déjà
depuis longtemps, à raison de 7000 par an, du simple
fait de la baisse des réserves halieutiques…
Robert
Alvarez, président d'Itsas Geroa, l'association des
pêcheurs basques, se demande cependant si l'annonce de la
Commission n'a pas pour seul but de sonder la réaction
des ports, la mobilisation des lobbies et des gouvernements. La
vraie réforme viendrait plus tard. Pourtant, pour Robert
c'est clair : Oui, il faut imposer des quotas draconiens sur
certaines espèces pour sauver les mers. Mais les primes
à la casse annoncées toucheraient à
l'évidence les petits bateaux, mettant au chômage
les pécheurs écologiquement responsables, ceux
qui n'ont jamais droit à la parole, tout en épargnant
les gros bateaux aux engins de pêche de plus en plus
destructeurs.
Des experts s'interrogent : l'humanité
ne serait-elle pas en train de connaître pour la pêche
l'évolution qu'elle a vécue pour la chasse ? Il y
a longtemps, face à l'augmentation des besoins et la
raréfaction du gibier, le chasseur est devenu éleveur.
La pêche va-t-elle donc céder le pas à
l'aquaculture ? Il est vrai que l'être humain ne consomme
que quelques dizaines des milliers d'espèces de poissons
qu'il détruit, avec ses filets gigantesques… Le
large de la côte basque va-t-il alors se couvrir de
"fermes marines" pour une production raisonnée
? Rien n'est moins sûr. Selon Robert Alvarez, le risque
est que l'aquaculture encourage la "pêche
minotière", celle qui consiste à ramasser
n'importe quel poisson dans ses filets pour en faire de la
farine afin de nourrir des chiens, des chats … mais
aussi des poissons d'élevage ! Le bilan en terme de
protéines est absurde, puisqu'il faut plusieurs kilos de
cette farine pour produire un kilo de poisson "noble".
Robert, coordinateur pour l’Europe du "Forum mondial
des populations de pécheurs" n'accepte pas ce
gâchis indigne, à l'heure où le sommet de
la FAO, à Rome, vient de nous rappeler qu'une large
partie de l'humanité est rongée par la
famine.
Pour Robert, le débat est mal engagé :
"On entend, ici que ce sont les nordiques qui veulent
anéantir les pécheurs du sud pour mettre la main
sur notre pêche. Moi je suis un sudiste, et je n’y
crois pas du tout. Il y a un lobby nordique comme il y a un
lobby du sud, mais ils sont complices. Un gros armateur de
Galice, ou du Pays Basque s’entendra très bien
avec un gros pêcheur danois ou hollandais." Le vrai
problème, comme pour l'agriculture, est la course au
profit, au détriment de la qualité et de la
conservation de la ressource, ce "patrimoine du futur".
L'Europe peut pourtant devenir un espace de régulation
idéal en matière de pêche durable, si, dans
la concertation, elle se dégage de l’emprise des
gros armateurs qui ne réfléchissent qu’à
travers leur tiroir-caisse.
Association
ITSAS GEROA
c/o Robert Alvarez
40 rue François
Bibal, 64500 Saint-Jean-de-Lu
Tél. et Fax : 05 59 26
29 06