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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°8 – AUTOMNE 2002 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
Non, tout n'est pas bon dans le cochon !

M. Molle, porte-parole de la Confédération Paysanne, l'a bien senti : "il y aura un avant et un après 15 septembre 2001 pour les porcheries industrielles". Ce jour-là, en effet, près de 5 000 personnes (dont un certain José B.) sont venues s'opposer à la construction d'une telle porcherie aux abords du petit village touristique de Puylaroque (Tarn-et-Garonne). Mobilisation sans précédent pour dénoncer une agriculture productiviste dangereuse pour la santé comme pour l'environnement, mais défendue par les chambres d'agricultures aux mains de la FNSEA. Ce syndicat avait d'ailleurs appelé à une contre-manifestation au même endroit, manif annulée - par peur du ridicule - deux jours auparavant.
À Puylaroque, on prévoit 220 truies, donnant naissance à 4 300 porcs par an, engraissés 4 mois durant sur des plaques ajourées en béton armé. Pas question de trouver là le moindre bout de paille qui pourrait gêner l'écoulement de tant de déjections animales ! Car si la production est estimée à 450 tonnes de viande par an, à chaque tonne de viande correspondra plus de 10 tonnes de lisier, l'équivalent de 4 semi-remorques par semaine… qui devront être épandues ailleurs. Comme dans toutes ces installations, chaque animal a 0,65 m2 pour "vivre". Impossible de se déplacer pour ces pauvres porcs qui, véritables ordonnances sur patte, sont bourrés d'antibiotiques, mais aussi d'anti-stress pour éviter les phénomènes de cannibalisme !
Alors qu'une majorité du conseil municipal de Puylaroque a démissionné fin 2000 pour exprimer son mécontentement, le préfet - qui doit donner l'accord final - connaît aujourd'hui l'ampleur de la mobilisation. Peut-être sera-t-il frappé par l'absence de cohérence économique de cette filière.
Celle-ci, profitant de la crise bovine, s'engouffre dans une industrialisation aberrante qui produira dans notre région les mêmes dégâts qu'elle a causés en Bretagne, où les nappes phréatiques sont empoisonnées de nitrates d'origine porcine.
Il est vrai que le lobby de l'agroalimentaire -banque incluse- ne s'embarrasse pas de tels "détails", et qu'il sera toujours temps pour lui d'aller quémander des aides publiques quand la crise de la mal-bouffe frappera cette folle filière du cochon, comme fut frappée celle de la vache (folle également).
C'est de l'Europe, encore, que viendra peut-être le dénouement, puisqu'une directive rend obsolète ce mode de production de porc à partir de 2006. À moins que ce ne soit plus tôt, puisque à Puylaroque, une pétition circulait déjà pour demander l'interdiction immédiate des porcheries industrielles dans toute l'Union européenne…

Les Verts du Tarn et Garonne
45, rue Delcassé, 82000 Montauban