Carré
d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe vue de
l'Hémicycle
Et
maintenant prion !
Le
PPE proposait en commission
une dilution "acceptable"
de poisons tels que la dioxine,
pour finalement renoncer en
plénière, à ces amendements laxistes ...
Enfin
sortie du syndrome du nuage de Tchernobyl ("la vache folle
s’est arrêtée à nos frontières…"),
l’Europe agit dans la bonne direction, mais la
législation européenne court après les
événements. Résumé d’une
année vachement folle.
Dès avril 2000, le
Parlement européen avait voté un renforcement de
la législation proposée par la Commission, en
particulier en matière d’étiquetage de la
viande.
En juin, face au danger des maladies à prion,
le Conseil des ministres décide de renforcer la
surveillance épidémiologique de l’encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB).
En octobre, le Parlement européen
faisait une nouvelle fois preuve de responsabilité en
matière de sécurité alimentaire, en
s’attaquant cette fois à l’alimentation
animale, malgré un intense lobbying des industriels
concernés. C'est lors de ce débat que Danielle
Auroi plaçait le principal groupe de droite (PPE),
souvent sensible aux arguments des lobbies, devant ses
responsabilités. Celui-ci proposait en commission une
dilution "acceptable" de poisons tels que la dioxine
: "Je ne peux comprendre le PPE qui, malgré les
crises successives, du poulet belge à la dioxine, de la
boue de stations d'épuration françaises dans les
aliments pour animaux ou autres huiles de vidange hollandaises
dans l'huile alimentaire, veut continuer à empoisonner -
un peu - les consommateurs européens". Finalement
le PPE a renoncé à ces amendements laxistes qu’il
avait soutenus en commission.
Peu après éclatait
l’affaire de la vache folle normande passée à
travers les mailles du filet, et la pression s’intensifiait
tant à l’intérieur (baisse de la
consommation de viande bovine, retrait du bœuf des
cantines scolaires…) qu’à l’extérieur
(boycott de nombreux pays envers le bœuf français).
Fin
novembre, après des dizaines de milliers de "mad
cows" britanniques et des centaines de vaches folles
françaises, il aura suffi de deux ou trois cas de "vacas
locas" en Espagne et de "Rinderwahnsinn"
outre-Rhin pour que l’Europe tout entière prenne
la juste mesure d’une épizootie non encore
jugulée. Il fut décidé d’étendre
à toute l’UE les mesures prises par la France
début novembre, en particulier un moratoire de 6 mois
(hélas non prolongé à Nice) sur
l’utilisation des farines animales pour tous les
élevages, le test de l’ESB systématisé
à tous les bovins âgés de plus de 30 mois,
et la création, en 2002, de l'Agence européenne
de sécurité alimentaire. Le groupe Vert/ALE s’en
est aussitôt félicité, tout en redoutant,
toujours par la voix de Danielle Auroi, qui siège à
la commission Agriculture, le remplacement des farines animales
par du soja transgénique. Le groupe Vert demande que
l’Europe revienne sur les "accords de Blair House"
(rien à voir avec la maison du Premier ministre
britannique !) qui restreignent les capacités
européennes de production de soja ou de tournesol, et
insiste pour que les farines animales désormais
interdites ne soient pas exportées.
La
vache folle va-t-elle rendre l’Europe plus sage ?
Danielle
Auroi
e-mail :
dauroi@europarl.eu.int