Carré
d'Europe N°13 – HIVER 2002-2003 L'Europe
vue de Midi-Pyrénées
Fromage
ou désert ?
Ayant
obtenu des instances européennes une Appellation
d'Origine Protégée (AOP) pour sa "feta",
la Grèce va désormais pouvoir interdire aux
autres États membres d'en fabriquer, ou du moins sous
cette appellation commerciale renommée. Pourtant, la
Grèce n¹est que le troisième producteur de
ce fameux fromage, derrière le Danemark (loin devant) et
la France.
Est-on face à une dénomination
abusive de la part de nos amis grecs, surtout quand on sait
qu'ils importent - notamment d¹Aveyron et du Tarn - une
bonne part du lait de brebis dont ils ont besoin pour leur
production (dite) locale ? D'un autre coté, que
diraient les producteurs de Roquefort si des Grecs se mettaient
à produire, à leur tour, notre célèbre
fromage ? "Rien à voir !" disent les
occitans : le savoir-faire de nos producteurs en matière
de feta est ancien (plus d'un demi-siècle), et le
roquefort est l'archétype du fromage relevant d'une
technologie et d'une biologie très localisée,
impossible à transférer ailleurs. Ce n'est pas le
cas de la feta qui n'est qu'un fromage générique
- ce qui n¹enlève rien à sa qualité
gustative - produit sur toutes les rives de la Méditerranée,
les Turcs et les Libanais, notamment, en font aussi.
L¹Allemagne et le Danemark ont déposé un
recours auprès des instances européennes. En
France, c¹est l¹interprofession de Roquefort, qui va
porter l¹affaire devant le Tribunal de Première
Instance européen. Selon la nouvelle réglementation,
les producteurs des États membres qui fabriquent de la
feta en dehors de la Grèce ont maintenant 5 ans pour
modifier leur dénominationŠ ou pour arrêter
leur production. Le coup est rude pour une région à
l'économie rurale fragile, marquée par la
multiplicité de petits éleveurs souvent modestes.
Dans nos causses, la rudesse de la terre ne permet pas de
cultiver n'importe quoi, et la brebis est bien souvent la seule
richesse possible. Notre feta régionale représente
bien plus qu'une production de complément : c'est un
débouché indispensable à la filière
ovine locale, alors que la seule fabrication de fromage de
roquefort n'a pas les moyens d'absorber un surcroît de
lait.
Seul vrai espoir, celui que le mot "feta"
puisse être utilisé librement, mais que les Grecs
aient la possibilité de préciser "Véritable
feta grecque" ou "du Péloponnèse",
par exemple. À quand une "Feta du Larzac" sur
les étals des fromagers ?