Carré
d'Europe N°4 – AUTOMNE 2000 L'Europe
vue d'Aquitaine
Château-Hélico
Le
vin de Bordeaux est mondialement connu. Les grands crus ont
fait la réputation de cette belle région. Ici un
Pomerol, là un Haut-Médoc, ailleurs encore un
petit vin qui ne paie pas de mine mais qui parfume la bouche,
déploie sa belle robe et enchante le gosier.
Or de
nombreux grands châteaux sont la propriété
de groupes financiers, dont l'intérêt premier est
de préserver le leur (d'intérêt). Alors
quand les "petites bêtes" apparaissent, on sort
la grosse artillerie : l’hélicoptère.
Ce
mode de traitement phytosanitaire est parfois utilisé
sur le vignoble en Gironde, mais aussi sur le maïs dans
toute l’Aquitaine.
Certes la viticulture est difficile
sans traitement, encore faut-il que celui-ci soit efficace et
le moins toxique possible. Or le traitement par hélico
est un traitement de masse. Ciblage, calibrage et régularité
de la pulvérisation sont aléatoires. De plus,
pour réduire le coût d’utilisation d’un
tel engin, le poids embarqué est limité, donc le
produit est hyperconcentré. Résultat : des
recherches montrent que les taux de pesticides retrouvé
dans l’eau de pluie et les brouillards dépasseraient
de plusieurs dizaines de fois les quantités autorisées
dans l’eau potable (Le Monde du 10 mai 2000). Des études
de la Mutualité sociale agricole établissent une
présomption de lien entre certaines maladies - cancer du
cerveau et leucémie - et certaines pratiques
agricoles.
À Pomerol, le 14 mai 2000, c’est la
société Moueix, propriétaire de
Château-Pétrus, un des vins les plus chers du
marché, qui s’est livrée à ce genre
d’exercice sans aucune autorisation. Malheureusement ce
jour-là le pilote de l’hélico avait
peut-être abusé du précieux breuvage : les
habitants ont dû relaver leur linge qui séchait
dehors et, plus grave, 104 personnes d'un terrain de camping de
Saint-Antoine-de-Breuil (Dordogne) ont été
incommodées pendant plusieurs heures, et quelques-unes
ont fait l’objet d’une hospitalisation de courte
durée…
Le vin semble décidément
être la nouvelle proie du lobby de la malbouffe. De
Bruxelles à Bergerac, les Verts européens n’en
finissent plus de dénoncer les atteintes à la
qualité et à la diversité de ce produit,
menacé également par les biotechnologies, de type
OGM ou clonage.
Aquitaine
Alternative,
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