Carré
d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe
vue de Midi-Pyrénées
Pauvre
comme JOB ?
L’entreprise
Job est installé aux Sept-Deniers près de
Toulouse. Certains connaissent le papier à cigarette
mais ce n’est pas l’activité principale de
l’entreprise toulousaine - et c’est heureux car
l’Europe a décidé de s’attaquer au
fléau du tabac. Job Toulouse est surtout réputé
pour son papier de luxe utilisé, par exemple, pour les
catalogues des musées nationaux. Mais depuis dix ans, de
repreneur en repreneur, de plan social en plan social, c’est
une centaine d’emplois qui ont été
supprimés, malgré de nombreuses
manifestations.
En 1986 Bolloré rachète
l’entreprise. Elle est revendue en 1995 à Gecco
France qui la revend à son tour en 1996 à
l’allemand Scheufelen. Comme quoi pour certains l’Europe
existe, et son déficit démocratique ou social
n’est pas dérangeant. Le nouveau propriétaire
ne profite pas de l’expérience acquise. Alors que
l’entreprise sortait des produits finis de haute qualité,
elle en est réduite à produire des rouleaux et
feuilles de papiers destinés à repartir en
Allemagne pour y être transformés : une perte de
temps, d’argent et une augmentation des besoins de
transports, le plus souvent routiers et polluants. Tout cela en
contradiction flagrante avec les objectifs maintes fois
affichés par le Parlement européen.
Le 30 juin
2000, Job Toulouse est mis en en cessation de paiement.
Scheufelen annonce que les pertes sont passées de 7 à
13 millions de francs de 1998 à 99. La prévision
est de 28 millions pour 2000. La direction évoque le
doublement du prix de la pâte à papier et la crise
mondiale dans le secteur. Les salariés avancent des
explications bien différentes : si Job Toulouse
rencontre des difficultés, c’est que Scheufelen, à
la fois patron et client, paye le papier en dessous de sa
valeur et le revend en prenant une marge. Autrement dit
Scheufelen aurait organisé la faillite de sa filiale…
Cette version est soutenue par les syndicats allemands et
intéresse la justice.
Suite à une décision
de la cour d’appel de Toulouse au mois d’octobre,
l’activité de l’entreprise a repris pour
trois mois, le temps de vérifier cette version et
surtout de trouver un repreneur à Job Toulouse.
Le
comité d’entreprise a ouvert un site internet pour
attirer d’éventuels repreneurs.
Persuadés
que l’usine peut être rentable, qu’elle a des
salariés expérimentés et que le marché
existe, les salariés s’organisent, de part et
d’autre du Rhin, pour préserver leur outil de
travail. Cette "eurolutte" n’a pas fini de
faire parler d’elle…
www.cejob.com