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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°14 – PRINTEMPS 2003 L'Europe vue de l'hémicycle
Dérouiller

Rarement Commissaire Européen fut aussi chahuté en séance. Le 13 février dernier, sous les sifflets de syndicalistes massés en tribune, et sous une pluie de critiques venant de tous les bancs de l'assemblée, la Commission, dans un discours d'une rare indigence, s'est avouée sans moyens face au démantèlement sauvage de pans entiers de la sidérurgie européenne.

Cruelle actualité il est vrai : d'un coté les actionnaires véreux de MetalEurope - les mêmes qui possédaient le pétrolier poubelle "Prestige" - protégés par un montage juridique, déposent le bilan de cette société afin de mieux revendre quelques actifs juteux, tout en abandonnant des milliers de salariés au désespoir, et un site à la pollution. Par ailleurs la société sidérurgique Arcelor annonce la fermeture de toutes ses fonderies de l'Union - soit disant non viables - tout se portant candidate à l'achat de quatre sites en Pologne copieusement subventionnés par l'Etat polonais, lui même ayant ses caisses alimentées par les dotations de l'Union. C'est aussi le moment où les USA, bafouant les règles qu'ils ont eux même imposées à l'Organisation Mondiale du Commerce, décident unilatéralement de taxer les importations d'acier…

Grosse colère d'Hélène Flautre dans l'hémicycle. Tout en dénonçant la brutalité et le cynisme de ces industriels sans scrupules, l'eurodéputée verte nordiste a mis également chacun face à ses responsabilités : "Si la Commission a le pouvoir de dire non à une restructuration industrielle qui ne respecte pas le droit de la concurrence, elle doit obtenir le droit de dire non à des restructurations qui ne respectent pas les droits des salariés !". Comment les "grands" groupes politiques - tout comme les Etats membres - osent ils venir gémir sur les conséquences du libéralisme sauvage, alors qu'il le bénissent à travers leur promotion aveugle de l'OMC, et bloquent par ailleurs les travaux de la Convention quand il s'agit de doter l'Union de vraie législation sociale ?. Quid de la protection des travailleurs inscrite dans la Charte de Droits fondamentaux, ou encore de l'article 136 du Traité qui parle de promotion de l'emploi, de l'amélioration des conditions de vie et de travail, de protection sociale ou de dialogue social ?

Le débat s'est conclu par le vote d'une résolution unanime mettant sévèrement en garde la Commission contre toute inaction, ou pire, toute duplicité en la matière. Mais Hélène a prévenu que si l'on croit faire accepter à nos concitoyens déboussolés, une Europe qui proclame puis qui se couche, on va au devant de douloureuses désillusions…