Carré
d'Europe N°4 – AUTOMNE 2000 L'Europe
vue de l'Hémicycle
500
000 morts par an
L’industrie
du tabac s’emploie de plus en plus à empoisonner
le tiers monde
Un
demi-million de victimes chaque année, c’est le
triste bilan du tabagisme dans les 15 pays de l’Union
européenne. En juin dernier, le lobby du tabac a essuyé
un revers au Parlement européen. En première
lecture, les amendements soutenus entre autres par
Didier-Claude Rod, rapporteur du groupe des Verts sur ce
dossier, et contestés par le lobby du tabac représenté
par M. Lechner, député allemand de la CDU, ont
obtenu une nette majorité de l’Assemblée
(plus de 300 voix). Rappelons qu’en seconde lecture, si
un texte n’atteint pas 314 voix au Parlement européen
(la moitié des députés, présents ou
non), c’est le Conseil des ministres de l’Union qui
est en position de force pour arrêter la décision
finale (cf. éditorial de Carré d’Europe
n°3 lire
le texte).
Si
ce vote est confirmé en seconde lecture, les
avertissements sur les paquets de cigarettes couvriront 35 % de
la surface du paquet, afin qu’on ne puisse plus les
ignorer, et les appellations mensongères de "légères"
ou "ultra-légères", qui s’appliquent
en réalité à des cigarettes tout aussi
nocives que les autres, seront interdites. De plus, les taux
maximaux autorisés de nicotine (qui provoque
l’accoutumance), de goudron (qui encrasse les poumons) et
de monoxyde de carbone (gaz toxique) seront réduits,
tandis que l’ammoniac (qui augmente la dépendance)
sera interdit. Les Verts demandent que ces mesures s’appliquent
aussi, le plus vite possible, pour les exportations, car
l’industrie du tabac s’emploie de plus en plus à
empoisonner le tiers monde et l’Europe de l’est, et
à propager les clichés les plus absurdes du mode
de vie occidental. Reste la question de la publicité.
Théoriquement interdite en France et dans quelques
autres pays de l’Union, elle se déguise en fait
sous des marques de vêtements ou de raids sportifs (un
comble !). Mais elle reste parfaitement autorisée dans
plusieurs pays européens. Une autre directive européenne
se propose d’interdire toute publicité sur le
tabac. L’avocat général de la Cour
européenne de justice, M. Fennelly, demande pourtant son
annulation, se fondant sur les règles habituelles du
libéralisme ("il n’est pas dans l’intérêt
du Marché intérieur d’interdire la
publicité"). Didier-Claude a rappelé que le
principe de démocratie, incluant la protection des
citoyens contre les effets pervers du marché intérieur,
doit prévaloir sur les lois du marché.Mais, de
même que l’Etat fait preuve de schizophrénie
entre son rôle de garant de la santé publique et
les recettes qu’il tire des taxes sur les drogues légales
(tabac et alcool), l’Union européenne dépense
près d’un milliard d’euros par an pour
soutenir les producteurs de tabac, contre une somme dérisoire
consacrée à la prévention des cancers et
des maladies cardio-vasculaires. Les Verts ne prônent pas
l’arrêt brutal de toute subvention, mais d’abord
la reconversion vers d'autres cultures. Ils proposent en outre,
par la voix de Danielle Auroi, d’utiliser le fonds
européen de recherche et d’information sur le
tabac pour améliorer les pratiques culturales, afin de
réduire les taux de nicotine et de goudron.