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Gérard
ONESTA Député Vert européen, Vice
Président du Parlement européen
- La
créature de Bolkestein
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L'ex-Commissaire
en charge du "Marché intérieur", Fritz
Bolkestein, n'a pas seulement empoisonné de ses
initiatives toute la mandature européenne précédente.
Avant son départ il a également "mis dans
les tuyaux" un nouveau texte qui devait être le
couronnement de son œuvre ultra libérale : le
projet de "Directive Services". Comme l'explique
Jean-Luc Bennahmias, député Vert siégeant
à la commission sociale, le sujet inquiète
d'abord par son ampleur : "Sont concernés,
pêle-mêle, les services publics, les services
sociaux, les professions juridiques, la sécurité
sociale, la santé publique, l'audiovisuel, la gestion
des droits d'auteur, les armes, le traitement des eaux, la
recherche, l'éducation, la formation, le travail
intérimaire, les services postaux, énergétiques,
de sécurité, de surveillance aérienne,
etc". La Commission a justifié son texte au nom de
la "fluidité" du marché communautaire,
et de la "liberté d'établissement".
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Pour
les Verts, comme pour tous les acteurs sociaux, la clause dite
"du pays d'origine" cristallise les craintes, car
elle prévoit que le droit applicable à la
fourniture d'un service soit celui du pays d'origine de son
prestataire. Celui-ci ne serait donc plus soumis aux
dispositions du pays de destination - où il pourra
pourtant aller travailler - mais à celles du pays où
il aura simplement établi son siège social. Pour
Jean-Luc, "ce principe est dangereux, puisqu'il va
favoriser - contre tous les efforts d'harmonisation entrepris
- le dumping social et fiscal". Les pays aux normes
laxistes deviendraient, en effet, les bases arrière
d'une logique de démantèlement général
de droits, les autres États alignant leurs protections
vers le bas, afin de tenter de sauver leurs emplois dès
lors précarisés…
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Pierre
Jonckheer, eurodéputé Vert belge en charge des
affaires économiques s'insurge : "la proposition
de la Commission est avant tout idéologique et ne
repose sur aucune étude d'impact juridique ou
économique sérieuse, et l'argument estimant que
la libéralisation de ce secteur engendrerait croissance
et emploi n'est pas fondé." Outre la casse sociale
annoncée, ce projet contredit non seulement des pans
entiers du droit communautaire, mais de plus, si les services
représentent bien 70 % du PNB de l'Union, ils ne pèsent
que 20 % des exportations entre États membres, et
correspondent donc à des besoins locaux qui n'ont nul
besoin de franchir les frontières.
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Dès
le premier vote sur le programme législatif de la
Commission Barroso, en février dernier, le verdict Vert
est tombé : demande de retrait immédiat de la
Directive Services, et mise en chantier - à la place -
d'une directive cadre pour définir et promouvoir les
services d'intérêt général. À
noter : le groupe Vert/ALE fut le seul à déposer
des amendements en ce sens… Concernant une future
réglementation des services dans le marché
intérieur, les eurodéputés écologistes
demandent que son champ d'application soit très limité,
et qu'elle soit basée sur l'harmonisation législative
dans le cadre des standards sociaux et environnementaux les
plus élevés. Dans cette attente, les règles
du "pays d'accueil" devront strictement s'appliquer.
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La
mobilisation politique et sociale - couplée au risque
d'une confusion entre le débat sur Bolkestein et celui
sur le Traité constitutionnel - a entraîné
d'abord un double langage du Conseil (où des pays tels
France et Allemagne ont promu puis attaqué la
directive), puis un recul de la Commission. Le nouveau
Commissaire Charlie McCreevy a d'abord concédé
que "la santé et les services financés
publiquement seraient exclus du champ d'application",
puis que "la notion de "pays d'origine" devra
répondre aux exigences sociales et réglementaires
du pays d'accueil", et, finalement, c'est tout le texte
qui a été envoyé à la refonte.
Mais la méfiance doit être de mise : Pierre
Jonckheer a dénoncé le manque de cohérence
de la Commission qui "juge sa copie mauvaise, mais la
maintient". Une directive "Services" reviendra,
sous une forme encore à déterminer, et le
marathon législatif s'annonce mouvementé…
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Jean-Luc
: jlbennahmias@europarl.eu.int
Pierre
: pjonckheer@europarl.eu.int
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"Couteau
suisse" anti-Bolkestein ?
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C'est
grâce à l'absence de contraintes de l'actuel
traité de Nice que les libéraux ont pu lancer
toute leur œuvre de destruction sociale (services
publics en tête). Bolkestein savait qu'il fallait
accélérer les choses pour tout boucler sous
"régime niçois"… car la mise en
œuvre de la Constitution européenne pourrait
faire obstacle à sa vision de la Directive Services.
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Parmi
les nouveaux outils constitutionnels concrets de lutte contre
sa logique libérale, citons :
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La création d'une base juridique donnant - pour la
première fois - le pouvoir au Parlement européen
de mettre en œuvre une directive cadre sur les services
d'intérêt général afin de les
protéger ou, mieux, de les promouvoir ;
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Le pouvoir de codécision budgétaire octroyé
au Parlement sur la totalité des dépenses de
l'Union (et non, comme actuellement, sur un quart d'entre
elles), pour impulser ou bloquer les politiques ;
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Le pouvoir de "contrôle en subsidiarité"
donné aux Parlements nationaux pour mieux protéger
leurs modèles spécifiques ;
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Le pouvoir constitutionnel direct de proposition législative
donné aux citoyens à travers la procédure
de pétition à la Commission ;
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L'ajout de nouvelles notions antiproductivistes et sociales
dans les objectifs et valeurs de l'Union, qui, si elles ne
remplacent pas encore le dogme libéral, donnent enfin
une base politique et juridique pour commencer à le
combattre sérieusement ;
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Le doublement du champ de codécision législatif
donné au Parlement européen, notamment sur des
pans entiers de mise en œuvre des politiques économiques
et commerciales ;
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La transparence imposée aux travaux du Conseil lors de
ses débats législatifs, pour que les prises de
décisions ne se fassent plus dans l'opacité et
le double langage du huis clos.
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La désignation du Président de la Commission
européenne - et, partant, de la Commission elle même
- par le Parlement Européen sur la base de la majorité
issue du vote des citoyens aux élections européennes,
et non plus au bon vouloir de la cooptation entre chefs
d'États.
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