Un
très long cortège, d'environ 40 000
manifestants, a traversé Strasbourg dans le calme,
mardi 14 février en début d'après-midi, à
l'appel de la Confédération européenne
des syndicats (CES). De fortes délégations
venues de nombreux pays de l'Union, italienne, allemande et
française, mais aussi de Pologne, Slovénie,
Portugal et même de Suisse, ont défilé au
bruit ininterrompu des sifflets, des crécelles et des
tambours pour protester contre la Directive Bolkestein. "Le
même salaire pour le même travail,
universellement", proclamait un grand calicot parmi
les banderoles en toutes langues. Sur un gros ballon
s'affichait l'interrégionale syndicale des
Trois-Frontières (Belgique, Luxembourg, nord de la
France). Un panneau français caricaturait l'Europe
libérale, munie d'une faux et terrassant l'Europe
sociale.
Le
parcours de la manifestation ne pénétrait pas le
quartier européen. Le cortège était
canalisé sur les larges avenues du nord de Strasbourg,
que les urbanistes allemands avaient conçues, à
la fin du XIXe siècle, pour les défilés
militaires. Lors de la manifestation des dockers européens
le 16 janvier, de graves incidents avaient fait 64 blessés
parmi les forces de l'ordre et 400 000 euros de dégâts
au Parlement, dont une partie des parois vitrées avait
volé en éclats. Cette fois-ci, la clôture
de la manifestation, très encadrée par son
service d'ordre, s'est faite face au Parlement européen
mais en contrebas d'un pont bien gardé et à
bonne distance de l'édifice. Une passerelle a permis
aux eurodéputés du Parti socialiste français,
auxquels s'était joint Laurent Fabius, de rejoindre la
session après avoir pris part à la
manifestation.
"Le
Parlement européen doit changer complètement
cette nouvelle Directive pour la concilier avec les droits
fondamentaux des travailleurs", a proclamé
l'Espagnol Candido Mendez Rodriguez, président de la
CES, depuis la tribune. "Aujourd'hui, c'est en Europe
une journée dédiée à saint
Valentin. Bolkestein, lui, est incompatible avec la
Saint-Valentin, incompatible avec l'Europe réelle, avec
l'Europe démocratique et sociale, incompatible avec les
travailleurs."
Jacques
Fortier
Article paru dans Le Monde du 16 février
2006