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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




À Strasbourg, les syndicats européens dans la rue
Article paru dans Le Monde du 16 février 2006

Un très long cortège, d'environ 40 000 manifestants, a traversé Strasbourg dans le calme, mardi 14 février en début d'après-midi, à l'appel de la Confédération européenne des syndicats (CES). De fortes délégations venues de nombreux pays de l'Union, italienne, allemande et française, mais aussi de Pologne, Slovénie, Portugal et même de Suisse, ont défilé au bruit ininterrompu des sifflets, des crécelles et des tambours pour protester contre la Directive Bolkestein. "Le même salaire pour le même travail, universellement", proclamait un grand calicot parmi les banderoles en toutes langues. Sur un gros ballon s'affichait l'interrégionale syndicale des Trois-Frontières (Belgique, Luxembourg, nord de la France). Un panneau français caricaturait l'Europe libérale, munie d'une faux et terrassant l'Europe sociale.

Le parcours de la manifestation ne pénétrait pas le quartier européen. Le cortège était canalisé sur les larges avenues du nord de Strasbourg, que les urbanistes allemands avaient conçues, à la fin du XIXe siècle, pour les défilés militaires. Lors de la manifestation des dockers européens le 16 janvier, de graves incidents avaient fait 64 blessés parmi les forces de l'ordre et 400 000 euros de dégâts au Parlement, dont une partie des parois vitrées avait volé en éclats. Cette fois-ci, la clôture de la manifestation, très encadrée par son service d'ordre, s'est faite face au Parlement européen mais en contrebas d'un pont bien gardé et à bonne distance de l'édifice. Une passerelle a permis aux eurodéputés du Parti socialiste français, auxquels s'était joint Laurent Fabius, de rejoindre la session après avoir pris part à la manifestation.

"Le Parlement européen doit changer complètement cette nouvelle Directive pour la concilier avec les droits fondamentaux des travailleurs", a proclamé l'Espagnol Candido Mendez Rodriguez, président de la CES, depuis la tribune. "Aujourd'hui, c'est en Europe une journée dédiée à saint Valentin. Bolkestein, lui, est incompatible avec la Saint-Valentin, incompatible avec l'Europe réelle, avec l'Europe démocratique et sociale, incompatible avec les travailleurs."

Jacques Fortier
Article paru dans Le Monde du 16 février 2006