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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°12 – AUTOMNE 2002 L'Europe vue de l'Hémicycle
Santé / publicité : les liaisons dangereuses

La législation européenne interdit à l’heure actuelle toute publicité directe aux consommateurs de médicaments délivrés sur ordonnance. Une proposition de la Commission vise à revenir sur cette interdiction et veut plus largement revoir la politique du médicament en Europe (sur laquelle nous reviendrons dans le prochain Carré d’Europe).
Cette proposition semble dictée par les industries pharmaceutiques qui souhaitent faire des médicaments des produits industriels comme les autres.
En effet, si elle était acceptée, cette proposition permettrait aux fabricants de faire de la publicité, avec tous les moyens à leur disposition (radio, TV, magazines…) sur les produits utilisés dans le traitement du sida, du diabète, de l’asthme et d’autres maladies pulmonaires chroniques, ainsi que la tuberculose, les maladies sexuellement transmissibles, les maladies infectieuses graves, le cancer, l’insomnie chronique...
Pourtant, l’interdiction de la publicité se justifie plus que jamais. D’une part, les médicaments vendus sous ordonnance étant potentiellement plus toxiques, c’est une question de santé publique que de ne pas en faire la publicité. D’autre part, les personnes malades ou ayant la charge de malades ont une vulnérabilité plus importante que les consommateurs qui achètent un savon liquide “vu à la télé”. Les pressions sur les praticiens risquent d’être très fortes pour avoir le remède miracle décrit dans les magasines.
De plus , les remèdes concernés par la publicité seront ceux qui sont brevetés par les grandes firmes. Les autres, les plus anciens, mais qui ont souvent fait leur preuve et qui coûtent moins cher ne seront pas vantés.
Mais qu’est-ce qui motive la Commission pour un tel changement ? C’est pour répondre “aux attentes exprimées par les groupes de patients”… Pourtant l’accès à l’informations sur les médicaments est tout à fait possible. La différence est grande entre publicité et information. Si l’accès à l’information est souvent inadéquat, ce sont les politiques publiques de santé qu’il faut changer, pas la loi.
Seuls les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande ont autorisé la publicité sur les médicaments d’ordonnance. Des études montrent qu’elle entraîne une augmentation des dépenses de santé sans pour autant améliorer la santé des populations. Si la publicité pour tel ou tel produit augmente le nombre de consultations chez les médecins, rien ne prouve que les personnes souffrent vraiment de la maladie en question. Bien souvent, des états (fatigue par exemple) qui n’entraînaient avant la publicité aucune inquiétude, provoquent des comportements hypocondriaques. C’est le principe de précaution qui devrait guider l’Europe pour prendre les décisions qui s’imposent. Il n’y a aucune étude qui démontre que la publicité directe aux consommateurs des médicaments d’ordonnance est sans danger ou qu’elle comporte des bénéfices pour la santé. Alors, pourquoi l’autoriser ?