Inquiet
d'un "dumping fiscal et social", le président
de la République a souhaité, mercredi 2 février,
la "remise à plat" de la Directive européenne
sur l'harmonisation et la libéralisation des services
dans l'Union. Par ailleurs, le PS, qui estime "avoir fait
bouger" Jacques Chirac" a déposé une
proposition de résolution visant à ce que la
Commission de Bruxelles retire la proposition de Directive.
Jacques
Chirac a souhaité, mercredi 2 février, la
"remise à plat" de la Directive européenne
sur l'harmonisation et la libéralisation des services
dans l'Union, dite "Directive Bolkestein". Selon le
porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé,
le chef de l'État a justifié lors du conseil des
ministres, dans la matinée, la "position très
ferme de la France que cet avant-projet préparé
par l'ancienne Commission européenne soit remis à
plat". "Le président de la République
a souligné les exigences de la France qu'en matière
de services, comme dans tous les domaines de la construction
européenne, ne soient jamais perdus de vue les
objectifs d'élévation du niveau des garanties
offertes aux travailleurs comme aux consommateurs, dans le
cadre d'une harmonisation progressive des règles
européennes", a poursuivi M. Copé.
"Cela implique le refus de tout dumping fiscal, social
ou réglementaire", a-t-il conclu.
De
son côté, le premier ministre, Jean-Pierre
Raffarin, a estimé que cette Directive européenne
sur les services était "inacceptable",
un qualificatif également utilisé par la
ministre déléguée aux affaires
européennes, Claudie Haigneré, dans une
interview publiée mercredi dans Le Figaro. "Cette
Directive est inacceptable. Nous prendrons tous les moyens
pour nous opposer à cette Directive. C'est le message
qu'a donné le président de la République
ce matin au conseil des ministres", a notamment
déclaré le premier ministre devant les députés.
"Ce n'est pas la conception que nous avons du service
public d'une part et ce n'est pas la conception que nous avons
d'autre part de l'organisation européenne", a
poursuivi M. Raffarin. "Si nous voulons une Europe
politique avec un nouveau traité, c'est parce que nous
voulons que le modèle politique qui est le nôtre
puisse se faire entendre dans les institutions",
a-t-il souligné.
Par
ailleurs, les députés socialistes ont déposé
mercredi une proposition de résolution visant à
ce que l'Assemblée nationale demande à la
Commission de Bruxelles de retirer la proposition de
Directive. Dans l'exposé des motifs de cette
proposition de résolution, le groupe PS affirme que
l'avant-projet de Directive européenne "constitue
une incitation de fait aux pratiques de dumping social, fiscal
et environnemental", ainsi qu'une "menace
contre le modèle social européen qui ne peut
être tolérée". La proposition de
résolution demande en outre que "la France
s'oppose fermement" à ce projet de Directive
et "en demande le retrait". Elle exige que
toute nouvelle Directive sur les services soit précédée
"d'une loi-cadre sur les services publics ou les services
d'intérêt économique général".
La semaine dernière, le bureau national du PS avait
demandé à la Commission européenne "le
retrait" de ce projet de Directive, et annoncé
le prochain dépôt de propositions de résolution
en ce sens par les groupes PS à l'Assemblée et
au Sénat.
Néanmoins,
le président du groupe socialiste à l'Assemblée,
Jean-Marc Ayrault a affirmé mercredi que c'était
le PS qui avait "fait bouger le président
Jacques Chirac" à propos de l'avant-projet de
Directive, et a salué "une première
victoire des partisans du oui" au traité. Le
député socialiste des Landes et animateur du
courant Nouveau Monde, Henri Emmanuelli, a de son côté
ironisé sur "la décision subite de
Jacques Chirac de demander la remise à plat"
de la Directive. "Nul ne sera dupe de la récente
découverte de M. Chirac, ni de sa décision
subite de demander la remise à plat du projet de
Directive Bolkestein sur les services", a déclaré
M. Emmanuelli dans un communiqué. Selon lui, "après
l'omerta sur le sujet qui aura duré plus d'un an, nous
allons assister à un repli tactique de plusieurs mois
pour ne pas hypothéquer le référendum sur
la Constitution européenne". Le député
socialiste, opposé à la Constitution européenne,
a appelé à "amplifier" la mobilisation
contre ce projet de Directive européenne. "Ce
n'est pas la remise à plat qui est souhaitable, c'est
le retrait pur et simple. Si elle le veut, la France a les
moyens de l'obtenir", a estimé M. Emmanuelli.
Également opposé au traité
constitutionnel européen, le sénateur socialiste
Jean-Luc Mélenchon a qualifié lui, Jacques
Chirac de "président de caoutchouc",
détournant une expression utilisée samedi
dernier par le numéro 2 du parti, Laurent Fabius, pour
caractériser la nature de l'opposition du PS au
gouvernement. "Chirac n'a pas l'air gêné
par ses contradictions. Il propose une taxe sur le capital",
pour financer l'aide au développement, "qui est
formellement interdite par la Constitution européenne
dont il demande l'approbation des Français par
référendum", a déclaré M.
Mélenchon. Le président du Mouvement pour la
France (MPF), Philippe de Villiers a dénoncé
pour sa part "l'hypocrisie" du gouvernement
qui, selon lui, "simule l'inquiétude". Dans
un communiqué, M. de Villiers affirme que "le
seul moyen de s'opposer à la Directive Bolkestein est
de voter non à la Constitution" européenne
lors du référendum. "Le camp du oui
panique, car c'est le non qui se bat contre l'Europe
mondialiste et qui incarne l'Europe sociale", a
ajouté le président du MPF.
Pourtant,
selon Jean-Marc Ayrault, "les partisans du oui peuvent
très bien dire oui au traité"
constitutionnel européen, "mais en même
temps, contribuer à créer un rapport de force
pour que les politiques libérales ne s'imposent pas aux
Européens". "Quand j'entends Philippe
de Villiers dire que la meilleure façon de dire non à
la Directive, c'est dire non à la Constitution
européenne, j'estime que c'est la plus mauvaise réponse
qu'on puisse apporter", a conclu le président
du groupe socialiste à l'Assemblée.
Lemonde.fr
du 2 février 2005