La
Directive sur les services, réécrite, divise les
députés européens. La polémique
sur le fameux projet de Directive «Bolkestein»
repart. Ce texte sur la libéralisation des services, du
nom de l'ex-commissaire européen chargé du
Marché intérieur, aurait dû être
voté hier par les eurodéputés en
commission, ouvrant la voie à son adoption en séance
plénière fin octobre. Mardi, les débats
ont tourné au vinaigre entre élus de droite et
de gauche. Il a été décidé in
extremis de reporter le vote à la fin novembre. Du
coup, le texte ne passera en séance plénière
du Parlement européen qu'en janvier 2006.
À
l'issue d'une journée de débats tendus, droite
et gauche se sont renvoyé la responsabilité du
report. La rapporteure du texte, la sociale-démocrate
allemande Evelyne Gebhardt, a dénoncé les
"méthodes presque abusives de la droite et des
libéraux. Leur persistance à maintenir le
principe du pays d'origine ainsi que le contenu de la
Directive Bolkestein telle qu'elle avait été
proposée par la Commission européenne a conduit
à un blocage total de la situation". La
socialiste française Béatrice Patrie s'en est
prise au double langage de la droite hexagonale. "À
Paris, Jacques Chirac déclare qu'il faut réécrire
complètement la Directive Services. À Bruxelles,
les parlementaires UMP refusent d'éliminer le principe
du pays d'origine et d'exclure clairement les services publics
du texte", accuse-t-elle. À droite, le report
est décrit comme une manœuvre des socialistes
pour éviter d'être mis en minorité. "Ce
n'est pas en refusant les obstacles, comme viennent de le
faire les socialistes, qu'on fera progresser la confiance des
citoyens dans les institutions européennes", a
lancé l'eurodéputé UMP Jacques Toubon.
Le
texte proposait une remise à plat du projet original en
gommant les aspects les plus controversés. Sur certains
points clés, les parlementaires s'étaient
d'ailleurs mis d'accord. Il était acquis que le droit
du travail serait celui du pays où un service est
fourni, pour apaiser les craintes de "dumping social".
Mais des divergences persistaient sur l'étendue du
principe du pays d'origine et le champ d'application de la
Directive, notamment concernant les services d'intérêt
économique général comme l'énergie
ou l'eau.
Par
Julie MAJERCZAK
Libération
du 6 octobre 2005