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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Bolkestein, le retour
Libération du 6 octobre 2005

La Directive sur les services, réécrite, divise les députés européens. La polémique sur le fameux projet de Directive «Bolkestein» repart. Ce texte sur la libéralisation des services, du nom de l'ex-commissaire européen chargé du Marché intérieur, aurait dû être voté hier par les eurodéputés en commission, ouvrant la voie à son adoption en séance plénière fin octobre. Mardi, les débats ont tourné au vinaigre entre élus de droite et de gauche. Il a été décidé in extremis de reporter le vote à la fin novembre. Du coup, le texte ne passera en séance plénière du Parlement européen qu'en janvier 2006.

À l'issue d'une journée de débats tendus, droite et gauche se sont renvoyé la responsabilité du report. La rapporteure du texte, la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, a dénoncé les "méthodes presque abusives de la droite et des libéraux. Leur persistance à maintenir le principe du pays d'origine ainsi que le contenu de la Directive Bolkestein telle qu'elle avait été proposée par la Commission européenne a conduit à un blocage total de la situation". La socialiste française Béatrice Patrie s'en est prise au double langage de la droite hexagonale. "À Paris, Jacques Chirac déclare qu'il faut réécrire complètement la Directive Services. À Bruxelles, les parlementaires UMP refusent d'éliminer le principe du pays d'origine et d'exclure clairement les services publics du texte", accuse-t-elle. À droite, le report est décrit comme une manœuvre des socialistes pour éviter d'être mis en minorité. "Ce n'est pas en refusant les obstacles, comme viennent de le faire les socialistes, qu'on fera progresser la confiance des citoyens dans les institutions européennes", a lancé l'eurodéputé UMP Jacques Toubon.

Le texte proposait une remise à plat du projet original en gommant les aspects les plus controversés. Sur certains points clés, les parlementaires s'étaient d'ailleurs mis d'accord. Il était acquis que le droit du travail serait celui du pays où un service est fourni, pour apaiser les craintes de "dumping social". Mais des divergences persistaient sur l'étendue du principe du pays d'origine et le champ d'application de la Directive, notamment concernant les services d'intérêt économique général comme l'énergie ou l'eau.

Par Julie MAJERCZAK
Libération du 6 octobre 2005