Surprise
au Parlement européen, mercredi 8 février : les
négociateurs du groupe socialiste et du groupe du Parti
populaire européen (PPE, droite) se sont mis d'accord
pour supprimer du projet de Directive sur la libéralisation
des services en Europe - hérité de
l'ex-commissaire Bolkestein - le très controversé
"principe du pays d'origine". Ce principe
prévoyait qu'un prestataire de services soit soumis
"uniquement" au droit du pays d'où il
vient, et non au droit du pays où il exerce son
activité. Il a suscité une immense hostilité
en France, en Belgique ou en Suède.
Nombre
de syndicalistes et d'hommes politiques ont assuré que
ce principe allait amener un afflux d'artisans de l'Est
proposant leurs services à bas prix sans avoir à
appliquer les réglementations sociales des pays
d'accueil. Il est à l'origine du syndrome du "plombier
polonais", qui a alimenté la campagne du "non"
français au référendum sur la
Constitution. L'eurodéputée social-démocrate
allemande Evelyne Gebhardt, rapporteuse du Parlement sur la
Directive Bolkestein, et Malcolm Harbour, le rapporteur
"fictif" du Parti populaire européen
(PPE/droite), se sont mis d'accord pour proposer que la
Directive décrive seulement ce que les États
doivent faire ou ne pas faire en cas de prestation de service
temporaire. Les États ne devraient pas soumettre les
opérateurs à des exigences qui ne respecteraient
pas les principes de "non-discrimination", de
"proportionnalité" et de "nécessité"
: ces exigences ne peuvent donc être justifiées
que par des raisons de politique publique ou sociale, de
sécurité, ainsi que de protection du
consommateur, de l'environnement ou de la santé. Une
administration ne peut imposer, par exemple, à un
prestataire d'avoir des bureaux, de se faire enregistrer dans
un ordre professionnel, ou de ne pas utiliser leur propre
matériel.
"Ce
compromis permet d'inscrire dans une Directive des
dispositions qui n'existent que dans le traité
instituant la Communauté européenne",
explique le Français Jacques Toubon (UMP), qui faisait
partie des négociateurs du PPE. Mme Gebhardt
et M. Harbour doivent maintenant le faire entériner par
leurs groupes, afin d'obtenir une majorité lors du vote
prévu en plénière, jeudi 16 février.
Du travail reste à faire. Les socialistes français,
belges et autrichiens ne soutiennent pas leur collègue
allemande car ils veulent affirmer que le droit applicable est
celui du "pays de destination" : "Le
texte reste trop ambigu et donnera lieu à des recours
devant la Cour de justice des Communautés européennes,
qui tranchera dans un sens libéral", affirme
Harlem Désir, vice-président français du
groupe. Au PPE, beaucoup d'élus ont aussi critiqué
ce compromis. Antonio Tajani (Forza Italia) l'a trouvé
"trop social, et pas assez libéral".
Les élus des nouveaux pays y sont hostiles : leurs PME
comptent sur le principe du pays d'origine pour pénétrer
les marchés de l'Ouest sans supporter les coûts
qu'entraînerait le respect des différentes lois
nationales. Ils font aussi valoir que les consommateurs
pourraient obtenir des services de qualité à des
prix plus avantageux s'ils bénéficiaient d'une
offre plus large.
Rafaële
Rivais
Le Monde du 10
février 2006