Premier
vote en vue pour la fameuse Directive "Services",
plus connue sous le nom de code "Bolkestein", du nom
du commissaire européen qui l'a lancée sur les
rails communautaires, il y a deux ans. C'est jeudi qu'on saura
si les eurodéputés valident le compromis
finalisé la semaine dernière entre les
conservateurs du Parti populaire européen et les
socialistes. "Un compromis dont le Parlement européen
peut être fier et qui ne lui reviendra pas dans les
gencives comme un boomerang", a déclaré
la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, en
amorce des débats ce mardi. Le texte actuel, est en
tout cas plus soft que celui élaboré sous
l'égide de Frits Bolkestein. Impossible désormais
d'agiter l'épouvantail du plombier polonais à
moins d'envisager que, de Bruxelles, on ne le fasse venir de
Varsovie pour le payer au tarif belge... Les grandes lignes de
l'accord en gestation fixent les règles suivantes :
l'État dans lequel le service est fourni est obligé
d'assurer la liberté d'exercer une activité sur
son territoire mais peut la limiter selon certains critères
liés à la politique et la sécurité
publiques, la politique sociale, la protection des
consommateurs, de l'environnement et de la santé
publique. Plus aucune mention n'est faite de "pays
d'origine" ou "de destination".
Reste que le texte est compliqué et "n'a rien
d'un prix de beauté", selon le mot de la
socialiste belge Anne Van Lancker qui le soutient.
Les
Verts
refusent
de lui apporter leur caution. "Nous sommes favorables
à un marché unique des services, explique
Pierre
Jonckheer,
mais
le texte qui nous est proposé prévoit tant
d'exceptions individuelles qu'il va multiplier les renvois
devant la Cour européenne de justice. L'ambition
d'avoir un principe juridique clair est loupée",
dit-il. Une position qui rejoint celle des socialistes
français. Ceux-ci font dissidence au sein de leur
groupe au grand dam de leur président, l'Allemand
Martin Schulz. Pour ce dernier, la première bonne
nouvelle du débat de mardi était que "Bolkestein
n'existe plus". Un avis que ne partage pas le
Britannique Graham Watson, président des libéraux.
Lui veut croire que la version dure peut encore passer et il a
eu des mots cinglants contre la Commission européenne
qui a fait marche arrière en promettant de s'aligner
sur le vote du Parlement européen. "Vos
commissaires se cachent comme des pleutres derrière
l'opinion publique", a lancé Watson à
José Manuel Barroso, présent lors des débats.
Pour celui-ci en tout cas, il faut avancer. "L'Union
européenne compte 20 millions de chômeurs, le
secteur des services et celui des PME est celui où on
peut créer le plus d'emplois, il n'y a pas de meilleure
motivation possible", a-t-il lancé.
Véronique
Leblanc
La Libre
Belgique du 15 février 2006