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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




"Bolkestein n'existe plus", selon les socialistes
Les Verts trouvent la Directive trop floue, les libéraux trop restrictive… mais elle devrait passer lors du vote de jeudi.

La Libre Belgique du 15 février 2006

Premier vote en vue pour la fameuse Directive "Services", plus connue sous le nom de code "Bolkestein", du nom du commissaire européen qui l'a lancée sur les rails communautaires, il y a deux ans. C'est jeudi qu'on saura si les eurodéputés valident le compromis finalisé la semaine dernière entre les conservateurs du Parti populaire européen et les socialistes. "Un compromis dont le Parlement européen peut être fier et qui ne lui reviendra pas dans les gencives comme un boomerang", a déclaré la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, en amorce des débats ce mardi. Le texte actuel, est en tout cas plus soft que celui élaboré sous l'égide de Frits Bolkestein. Impossible désormais d'agiter l'épouvantail du plombier polonais à moins d'envisager que, de Bruxelles, on ne le fasse venir de Varsovie pour le payer au tarif belge... Les grandes lignes de l'accord en gestation fixent les règles suivantes : l'État dans lequel le service est fourni est obligé d'assurer la liberté d'exercer une activité sur son territoire mais peut la limiter selon certains critères liés à la politique et la sécurité publiques, la politique sociale, la protection des consommateurs, de l'environnement et de la santé publique. Plus aucune mention n'est faite de "pays d'origine" ou "de destination". Reste que le texte est compliqué et "n'a rien d'un prix de beauté", selon le mot de la socialiste belge Anne Van Lancker qui le soutient.

Les Verts refusent de lui apporter leur caution. "Nous sommes favorables à un marché unique des services, explique Pierre Jonckheer, mais le texte qui nous est proposé prévoit tant d'exceptions individuelles qu'il va multiplier les renvois devant la Cour européenne de justice. L'ambition d'avoir un principe juridique clair est loupée", dit-il. Une position qui rejoint celle des socialistes français. Ceux-ci font dissidence au sein de leur groupe au grand dam de leur président, l'Allemand Martin Schulz. Pour ce dernier, la première bonne nouvelle du débat de mardi était que "Bolkestein n'existe plus". Un avis que ne partage pas le Britannique Graham Watson, président des libéraux. Lui veut croire que la version dure peut encore passer et il a eu des mots cinglants contre la Commission européenne qui a fait marche arrière en promettant de s'aligner sur le vote du Parlement européen. "Vos commissaires se cachent comme des pleutres derrière l'opinion publique", a lancé Watson à José Manuel Barroso, présent lors des débats. Pour celui-ci en tout cas, il faut avancer. "L'Union européenne compte 20 millions de chômeurs, le secteur des services et celui des PME est celui où on peut créer le plus d'emplois, il n'y a pas de meilleure motivation possible", a-t-il lancé.

Véronique Leblanc
La Libre Belgique du 15 février 2006