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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Directive "Bolkestein" : un vote mouvementé à l'image des craintes soulevées
Agence France Presse - 16 février 2006

Les députés européens se sont battus point par point jeudi au cours du vote sur la Directive "Bolkestein", dans un climat tendu qui montre combien ce texte a cristallisé les ressentiments à l'égard d'une Europe jugée trop libérale.

Il a fallu deux heures aux quelque 640 députés présents (sur 732) pour se prononcer sur les quelque 400 amendements élaborés au fil d'intenses tractations de couloir, souvent jusque tard dans la nuit. D'entrée de jeu, le président du Parlement, Josep Borrel, avait prédit "un vote délicat". De fait, les interruptions ont été nombreuses, et les prises de parole dans l'hémicycle souvent chargées d'émotion. Dès le début du vote, l'adoption d'un amendement relatif à l'application de la Directive au secteur de la santé a suscité de l'émotion : le rapporteur du texte, la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, s'est alors levée pour demander solennellement aux conservateurs du Parti populaire européen (PPE) s'ils allaient bien soutenir comme attendu le compromis conclu ces derniers jours avec le Parti socialiste européen (PSE). Un point d'autant plus critique qu'au sein même du PPE et du PSE, les dissidences ont continué jusqu'au dernier moment. Les socialistes français avaient ainsi annoncé qu'ils rejetteraient le texte, mais qu'ils se battraient "article par article" pour soutenir "tout ce qui lutte contre le dumping social".

Les Verts, soutenus par les Libéraux-Démocrates (ALDE, centre), ont ensuite contesté la légalité d'un amendement modifié à la dernière minute par le PSE et le PPE, qui supprimait une mention à la politique sociale et à la protection des consommateurs. Dans le brouhaha et la confusion, le président Josep Borrell a fini par trancher contre les Verts: "Votre cas est réglé", a-t-il martelé, pour couper court aux protestations de la coprésidente des Verts Monica Frassoni. Profitant de la confusion, le souverainiste britannique Nigel Farage a soumis dans la foulée une motion d'ajournement du vote... qui a été aussitôt rejetée.

À plusieurs reprises, Mme Gebhardt a dû rappeler à ses homologues socialistes ce qui avait été négocié dans le compromis avec le PPE pour qu'ils votent en conséquence, suscitant l'indignation du communiste français Francis Wurtz, qui a jugé "indécent que les négociations continuent en séance plénière". "Le fameux consensus PSE-PPE a de plus en plus glissé au fil des négociations vers les positions des conservateurs, ce n'est pas du tout à la hauteur des manifestations contre la Directive qui ont eu lieu à travers l'Europe", dénonçait M. Wurtz à la sortie du vote.

À l'issue du vote - fait rarissime dans l'hémicycle strasbourgeois - une Evelyne Gebhardt radieuse a reçu un gros bouquet de fleurs des mains de Martin Schulz: "C'est une victoire magnifique. Nous avons dit clairement non à une Europe du libre-échange et du libre marché, et oui à une Europe sociale", s'est-elle vantée devant les caméras. Son homologue du PPE, le Britannique Malcom Harbour, se félicitait au contraire de l'avènement d'une "nouvelle ère dans le développement du marché intérieur".

Agence France Presse
16 février 2006