Les
députés européens se sont battus point
par point jeudi au cours du vote sur la Directive
"Bolkestein", dans un climat tendu qui montre
combien ce texte a cristallisé les ressentiments à
l'égard d'une Europe jugée trop libérale.
Il
a fallu deux heures aux quelque 640 députés
présents (sur 732) pour se prononcer sur les quelque
400 amendements élaborés au fil d'intenses
tractations de couloir, souvent jusque tard dans la nuit.
D'entrée de jeu, le président du Parlement,
Josep Borrel, avait prédit "un vote délicat".
De fait, les interruptions ont été nombreuses,
et les prises de parole dans l'hémicycle souvent
chargées d'émotion. Dès le début
du vote, l'adoption d'un amendement relatif à
l'application de la Directive au secteur de la santé a
suscité de l'émotion : le rapporteur du texte,
la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, s'est
alors levée pour demander solennellement aux
conservateurs du Parti populaire européen (PPE) s'ils
allaient bien soutenir comme attendu le compromis conclu ces
derniers jours avec le Parti socialiste européen (PSE).
Un point d'autant plus critique qu'au sein même du PPE
et du PSE, les dissidences ont continué jusqu'au
dernier moment. Les socialistes français avaient ainsi
annoncé qu'ils rejetteraient le texte, mais qu'ils se
battraient "article par article" pour
soutenir "tout ce qui lutte contre le dumping social".
Les
Verts, soutenus par les Libéraux-Démocrates
(ALDE, centre), ont ensuite contesté la légalité
d'un amendement modifié à la dernière
minute par le PSE et le PPE, qui supprimait une mention à
la politique sociale et à la protection des
consommateurs. Dans le brouhaha et la confusion, le président
Josep Borrell a fini par trancher contre les Verts: "Votre
cas est réglé", a-t-il martelé,
pour couper court aux protestations de la coprésidente
des Verts Monica Frassoni. Profitant
de la confusion, le souverainiste britannique Nigel Farage a
soumis dans la foulée une motion d'ajournement du
vote... qui a été aussitôt rejetée.
À
plusieurs reprises, Mme Gebhardt a dû rappeler à
ses homologues socialistes ce qui avait été
négocié dans le compromis avec le PPE pour
qu'ils votent en conséquence, suscitant l'indignation
du communiste français Francis Wurtz, qui a jugé
"indécent que les négociations
continuent en séance plénière".
"Le fameux consensus PSE-PPE a de plus en plus glissé
au fil des négociations vers les positions des
conservateurs, ce n'est pas du tout à la hauteur des
manifestations contre la Directive qui ont eu lieu à
travers l'Europe", dénonçait M. Wurtz à
la sortie du vote.
À
l'issue du vote - fait rarissime dans l'hémicycle
strasbourgeois - une Evelyne Gebhardt radieuse a reçu
un gros bouquet de fleurs des mains de Martin Schulz:
"C'est une victoire magnifique. Nous avons dit clairement
non à une Europe du libre-échange et du libre
marché, et oui à une Europe sociale",
s'est-elle vantée devant les caméras. Son
homologue du PPE, le Britannique Malcom Harbour, se félicitait
au contraire de l'avènement d'une "nouvelle ère
dans le développement du marché intérieur".
Agence
France Presse
16
février 2006