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Si les tenants de la prohibition sont si sûrs de la pertinence de leur politique, pourquoi craignent-ils à ce point que l'on procède sereinement à l'évaluation de celle-ci ?






Incohérence ridicule

Le cannabis, qui contient 3 % de THC (tétrahydrocannabinol), figure au tableau IV de la convention de 1961 parmi les substances les plus dangereuses comme l'héroïne… alors que le THC pur à 100 % ne se trouve, lui, classé qu'avec les substances psychotropes !


Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Carré d'Europe N°15 – ETE 2003 L'Europe vue de l'Hémicycle
Un débat essentiel parti en fumée

D'une voix. Il s'en sera fallu d'une seule petite voix pour que le Parlement européen ne vote en plénière, le 10 avril dernier, une résolution qui aurait fait date dans l'histoire du débat sur les drogues. Le rapport de l'eurodéputée verte néerlandaise Kathalijne Buitenweg devait être la position du Parlement européen pour la conférence onusienne qui se tenait, sur le même sujet, la semaine suivante à Vienne. C'est par le plus petit écart que la droite a imposé ses amendements, apportant un soutien aveugle aux conventions actuelles des Nations Unies, alors que le "tout-répressif" qu'elles incarnent a prouvé depuis 40 ans son inefficacité patente… Kathalijne, à regret, a été obligée de demander à la plénière de rejeter le texte final ainsi amendé.

Pour mémoire, la politique mondiale en matière de toxicomanie est régie par trois conventions de l'ONU. Celle de 1961 sur les stupéfiants et celle de 1971 sur les produits psychotropes, alertent sur les dangers, classifient les produits, et proposent des moyens de lutte contre les trafics. Celle de 1988 exclut toute autre action que la répression policière et pénale qu'elle renforce, y compris pour la détention de stupéfiants pour usage personnel.

Cette prohibition, comme son avatar américain des années 30 sur les alcools, a largement démontré qu’elle était inopérante. Elle n'a fait qu’accroître les trafics et les violences qu'ils génèrent, ainsi que la dangerosité des produits et des méthodes de consommation. Selon l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies - agence officielle de l'Union basée à Lisbonne - l'efficacité de stratégies alternatives est pourtant prouvée : limitation des trafics et des risques par délivrance de produits de substitution, médicalisation et non-criminalisation des drogués… La tendance des polices à ne plus accorder de priorité aux poursuites pour usage personnel est d'ailleurs confirmée par la dépénalisation d'un tel usage dans certains États membres.

Kathalijne insistait pour qu'une modification des conventions de 1961 et 1971, ainsi que l'abrogation de celle de 1988 puissent être envisagées après une évaluation détaillée de leur efficacité. Le rapport proposait d'observer leurs effets en termes de réduction de l'offre et de la demande, de limitation des dommages sur les plans social et sanitaire, et de réduction des délinquances liées à la drogue. Il faut savoir que cette criminalité, petite ou grande, constitue la source majeure des crimes et délits commis dans l'Union européenne. Au soir du vote du Parlement, les mafias pouvaient donc jubiler : la prohibition n'est pas seulement inefficace et meurtrière, elle est aussi très lucrative…

Le texte demandait aussi que soit revue la classification des produits en fonction des preuves scientifiques de l'existence d'un risque pour la santé humaine. Occulter cet élément du débat sert aussi à masquer les dégâts des drogues légales, tabac, alcool, médicaments, pour lesquelles - n'en déplaise à leurs lobbies - on compte les victimes par centaines de milliers chaque année dans l'Union. Les drogues, toutes les drogues, sont un fléau, les députés Verts sont les premiers à le proclamer, mais la gestion politique actuelle de celles-ci en est un autre.

Cette initiative parlementaire se voulait ambitieuse. Elle a donc échoué, mais de peu. Le débat, présidé par Gérard Onesta, fut vif au point que les spectateurs massés dans les travées en haut de l'hémicycle soutenaient bruyamment - ce qui est interdit - les orateurs des deux camps. Mais si l'on en croit les réactions unanimes de la "génération européenne montante", présente ce jour-là dans les tribunes, l'autisme du "tout prohibition" est, à terme, condamné…

Contact
Kathalijne Buitenweg :
KBuitenweg@europarl.eu.int