Carré
d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe
vue de l'Hémicycle
La
nouvelle attaque du train postal
La
Poste, en France, c’est le courrier, mais aussi des
activités totalement concurrentielles, qui représentent
la moitié du chiffre d’affaires : les services
bancaires et la messagerie (colis). L’obligation de
service public se traduit par la péréquation
tarifaire, une présence sur tout le territoire avec 17
000 points de contact dans toute la France, et une distribution
quotidienne du courrier, jusque dans les hameaux les plus
reculés.
Après le transport aérien, le
rail et le téléphone, le libéralisme
débridé s’attaque à la poste. Or la
"main invisible” du marché n’aboutit
pas forcément à une baisse des tarifs ni à
des services plus performants. Qu’on en juge : la Suède
a libéralisé sa poste en 1990, avec pour
conséquence une perte de 15 000 emplois (sur 50 000) en
dix ans, compensés par seulement 1 500 créations
d’emplois dans le secteur concurrentiel, la fermeture de
nombreux petits bureaux de poste, une forte augmentation des
tarifs pour les particuliers, et pour finir un déficit
de 4 milliards de francs. En Espagne, où le service
postal est lui aussi dérégulé, la
concurrence fait rage dans les grandes villes, tandis
qu’ailleurs le service se dégrade.
Le
commissaire européen Frits Bolkestein voudrait
libéraliser le courrier pesant plus de 50 g, soit une
bonne partie du courrier des entreprises, au grammage non
maîtrisable. Le risque est clair : des multinationales
viendraient rafler le marché du courrier rentable, en
ville, et laisserait au service public le non rentable : les
zones rurales, la montagne…
Les Verts, Hélène
Flautre et Marie Anne Isler Béguin en tête, et la
gauche se sont fortement mobilisés au Parlement
européen, avec les services publics concernés,
les syndicats…
Le 14 décembre, le vote en
plénière a été une gifle pour M.
Bolkestein. Par 358 voix contre 104, le Parlement a renvoyé
l’offensive libérale au-delà de 150 g et 4
fois le tarif de base. Quant aux "services spéciaux"
(messagerie rapide, internet…), ils ont été
effacés du texte. Plusieurs amendements "sociaux"
ont été votés pour garantir un haut niveau
d’emploi dans les transports postaux. Enfin, les
parlementaires européens ont estimé qu’il
convenait d'attendre 2009 pour examiner "l’opportunité
et l’ampleur" de la poursuite de l’ouverture
du marché pas avant 2009. Ils ont refusé qu’une
nouvelle étape de dérégulation soit
inscrite dans les textes sans bilan préalable, ce qui
n’a jamais été fait depuis la première
directive de 1997.
Marie
Anne Isler Béguin,
e-mail
: maisler@europarl.eu.int
Hélène
Flautre,
e-mail :
hflautre@europarl.eu.int