Parce
que la démocratie à un coût …
Carré
d'Europe N°7 – ETE 2001 L'Europe vue de l'Hémicycle
Un
des (rares) bons côtés du Traité de Nice
est de prévoir enfin un cadre légal pour les
partis politiques européens, indispensables outils pour
créer une structuration du débat européen
autour de familles de pensée cohérentes. Ils
prendront tout leur sens dans le cadre unifié d'un futur
mode de désignation des députés
européens (voir la Petite leçon
d'eurojargon). Actuellement, ces partis existent de fait -
notamment la très dynamique Fédération des
Partis Verts européens - mais ce sont des objets
juridiques non identifiés, et les sources de financement
de certains ne sont pas d'eau très claire…
À
l'instar des Verts français qui avaient mené bien
seuls la lutte pour assainir la vie politique de leur pays, les
eurodéputés Verts sont montés en première
ligne lors des débats et votes sur le financement des
partis politiques européens.
L'objectif des
écologistes était triple : d'abord éviter
que les partis européens ne deviennent des "pompes
à fric" avec toutes les dérives que l'on a
connues, notamment en France (entreprises rackettées,
bureaux d'études factices, recyclage d'argent occulte…
). Ensuite édicter des règles de transparence
totale ainsi que des contrôles et des sanctions
clairement définis. Enfin permettre que les formations
politiques nouvelles aient accès à ce
financement, donc s'assurer que le seuil pour être un
"courant d'opinion représentatif" ne soit pas
trop élevé, afin de ne pas fossiliser à
jamais le débat européen entre les partis
"installés".
Les Verts ont perdu en
commission la première manche de ce combat difficile,
entre autres parce que les socialistes ont rejeté les
amendements interdisant le financement privé, ne tirant
aucune leçon des lourds scandales financiers qui ont
frappé leurs diverses formations en Europe. Qui peut en
effet croire qu'une entreprise puisse "spontanément"
donner une part de ses bénéfices à un
parti, sans espérer que ce dernier rende en échange
"quelques menus services" à ses actionnaires ?
Le PS annonçait se satisfaire du fait que de tels
versements seraient rendus publics, en faisant semblant
d'ignorer de surcroît que les flots d'argent ainsi
mobilisés iraient forcément vers les partis au
pouvoir - ceux qui peuvent "renvoyer l'ascenseur"
puisqu'ils sont décideurs - déséquilibrant
gravement les moyens des acteurs politiques et réduisant
d'autant toute possibilité d'alternance. Gérard
Onesta a dénoncé en séance plénière
cette perversion majeure, en déclarant que "Les
Verts s'opposeront toujours à tout mécanisme de
corruption, fût-ce dans la transparence !". Autre
inquiétude : le seuil retenu en commission pour accéder
au financement était très élevé
puisque, après élargissement de l'Union, un parti
aurait dû faire des scores représentatifs dans pas
moins de 9 pays simultanément. Ce seuil est largement
dépassé par les Verts européens, mais
risquait d'écarter à jamais leurs alliés
régionalistes.
Vint le débat en plénière.
Sentant que sa position n'était "médiatiquement
pas tenable", le groupe socialiste ralliait les Verts, et
le financement par les entreprises était écarté.
De même, grâce à d'interminables tractations
avec la gauche et les libéraux, le seuil pour accéder
au financement fut, lors du vote, abaissé à un
niveau démocratiquement acceptable. Autant d'avancées
qui ont, au final, marginalisé les positions de la
droite et du rapporteur issu de ses rangs, Madame
Schleicher.
Cette victoire a pourtant été
émaillée, la veille, d'un incident de séance
car, profitant d'un hémicycle plutôt désert,
les députés du groupe UEN présidé
par Charles Pasqua, alliés au groupe TDI (où l'on
trouve côte à côte les radicaux Italiens et
le FN !), et au groupe EDD (où siègent les
chasseurs français) ont fait voter une motion
d'irrecevabilité. Le lendemain la Présidente
Nicole Fontaine décidait de passer en force et de
réinscrire ce point à l'ordre du jour, ouvrant en
cela la voie à un possible recours en annulation devant
le Tribunal de Luxembourg. Gérard, présent dans
l'hémicycle au moment de l'incident, a pris la parole
pour regretter que "l'eurodéputé Pasqua ne
soit pas présent pour nous expliquer sa propre vision du
financement des partis et des campagnes…" Il n'y a
que les démagogues ou les corrompus pour feindre
d'ignorer que la Démocratie a un coût.
Un
financement, comment ? pour qui ?
Peut
bénéficier du financement public tout parti
européen ou fédération européenne
de partis nationaux déclaré auprès du
Parlement Européen, appelé à durer (exit
les combines de circonstances), ayant ont un programme
"généraliste" (exit les monomaniaques
du fusil) et compatible avec les principes démocratiques
contenus dans la Charte des Droits Fondamentaux (exit les
fachos…). C'est le Bureau du Parlement Européen
qui vérifie si ces critères sont bien remplis.
La
transparence comptable est de rigueur, et tout manquement est
sanctionné par les organes prévus dans les textes
européens (Cour des comptes, Cour de justice, Office de
lutte anti-fraude…). Le financement provient du budget
de l'Union et ne peut être utilisé pour le
financement direct ou indirect des partis politiques au niveau
national.
Les entreprises publiques ou privées ne
peuvent financer un parti européen, et les dons (de
personnes physiques ou de partis nationaux) ne sont pas
plafonnés mais rendus publics. Le financement public des
partis européens ne peut excéder 75% du budget de
ces derniers.
À droit de recevoir un financement tout
parti européen ayant obtenu au moins 5% des suffrages
dans un quart des pays de l'Union lors des élections
européennes, ou ayant des élus nationaux ou
régionaux dans un quart des pays de l'Union. Le
financement est calculé au prorata des scores aux
élections européennes et du nombre de députés
européens de chaque parti.
Pour entrer en vigueur, ce
règlement doit encore être approuvé par le
Conseil des Ministres de l'Union, statuant à
l'unanimité.