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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Cynisme exotique
Carré d'Europe N°16 – AUTOMNE 2003 L'Europe vue de Languedoc-Roussillon

Les forêts tropicales ne sont pas si lointaines. Sous nos yeux, meubles et menuiseries de notre quotidien nous rappellent notre part de responsabilité dans leur destruction accélérée. François Catzeflis, biologiste, directeur de recherche à Montpellier, a découvert l'état des forêts anciennes par ses études sur les conséquences des activités humaines sur la biodiversité. Adhérent de Greenpeace, il milite, entre autres, pour que l'exploitation de ces forêts se fasse de façon durable. Interview.

En mai 2003, l'ONU a décidé un embargo de 10 mois sur les bois du Libéria. Pourquoi ?

Embargos ou boycotts sont toujours douloureux pour les populations du sud. Le choix de cet embargo n'a été fait qu'à contrecœur parce qu'une grande partie du profit de la vente de ces bois servait à déstabiliser le pays. Car au Libéria, les grandes entreprises européennes, françaises - dont certaines de la région de Sète - n'hésitent pas à choisir des fournisseurs de bois liés au trafic d'armes, trafic qui a conduit au drame que l'on sait… Comme la plupart des forêts primaires, les forêts tropicales du bassin du Congo sont pillées pour alimenter nos marchés en bois exotiques. Ce qui me révulse, c'est le cynisme des importateurs français, qui achètent de façon prioritaire auprès des six compagnies forestières impliquées dans le trafic d'armes. Celles-ci cassent le prix moyen - qui est de 280 euros par M3 - en fournissant le M3 de 10 à 20 euros moins cher. Avec des bateaux transportant 25 000 m3, les profits sont énormes ! La situation politique sur place évoluant, nous pensons que l'embargo va être levé pour des raisons humanitaires. Il faudra alors éradiquer les compagnies forestières prédatrices, en soutenant celles qui prennent des engagements corrects sur des aspects sociaux, économiques et environnementaux de façon à avoir le "Label FSC" (Forest Stewardship Council) ou un label "Développement durable" équivalent.

Pensez-vous que l'embargo a été efficace ?

Il y a été contourné. Les exploitants forestiers et des importateurs européens, voyant la décision arriver, ont fait sortir énormément de bois du Liberia en janvier et février et l'ont fait déposer en grande partie sur Dakar. Du bois "interdit" du Libéria est donc probablement arrivé en Europe, et à Sète en particulier, pendant l'embargo. Cette complète immoralité se nourrit de l'absence de vrai règlement : dès que les bateaux quittent les ports avec le tampon des autorités locales - rebelles ou gouvernementales - les pays européens ne peuvent rien faire. C'est ce que Greenpeace a voulu dénoncer, l'année dernière, en bloquant 11 bateaux chargés de bois exotique, dans divers ports européens.

Que peut-on attendre de l'Europe ?

Nous avons saisi l'Europe et avons espoir. Nous attendons d'elle une certification des bois tropicaux entrant dans l'Union, avec mention obligatoire du mode de gestion durable, labellisés FSC ou équivalent, dans le cahier des charges. Les prix de ces bois sera plus cher - ce qui aidera à la fois les forestiers là-bas et chez nous - mais ce sera leur vrai prix. Nous souhaitons que les marchés publics - 25 % de la consommation des bois tropicaux - donnent l'exemple. D'ailleurs les campagnes d'information menées auprès des particuliers ont aussi poussé des entreprises telles que Lapeyre, Leroy Merlin ou Castorama à vendre uniquement des produits bois certifiés FSC d'ici 2004.

Mais ne pourrait-on pas se passer de ces bois exotiques ?

Nous pensons que les grandes ressources naturelles de la planète - dont les forêts - doivent contribuer au bonheur de l'humanité. Il est vrai que les forêts européennes pourraient subvenir à nos besoins, mais il faut faire attention de ne pas déséquilibrer l'économie fragile des pays du Sud. On ne peut pas instaurer partout des sanctuaires absolus au risque de marginaliser à jamais des populations. Il faut gérer ces biens localement et de façon durable, pour le bien être des générations actuelles et à venir.

Pour plus d'info sur le label FSC : http://www.greenpeace.fr/campagnes/forets/fsc.htm

Contact
François Catzeflis : 105 chemin de Perayrols, 34270 Les Matelles
Tél. : 04 67 14 34 01 (heures de bureau)
catz@isem.univ-montp2.fr


François Catzeflis