Et
que chantent les CIGALES
Carré d'Europe N°10
– ETE 2002 L'Europe vue de Midi-Pyrénées
C’est
en 2000, avec la création du tout nouveau portefeuille
ministériel de Guy Hascoët, que la plupart des
Français découvrent, perplexes, la notion
d'économie sociale et solidaire, tant il est vrai que
les mots "économie" et "solidarité"
semblent antinomiques.
Dépasser ce paradoxe
sous-entend, en effet, s'interroger sur la vocation sociale et
environnementale des entreprises. Quelle est l'utilité
sociétale réelle du produit que je fabrique ?
Quel est son impact sur le milieu naturel, ici et ailleurs ?
Quelles conditions de confort de travail, de respect, d'écoute
et d'implication ai-je créées au sein de ma boîte
?… Au travers des réponses apportées, on
découvre une foule de besoins insatisfaits, et autant de
viviers de création d'emplois, souvent de proximité.
La
France est en retard dans cette démarche, mais, en
s'appuyant sur son histoire mutualiste, pourrait s'inspirer de
projets nouveaux, coopératifs et même
"non-marchands", qui ont surgi dans la culture
alternative du nord de l'Europe.
Celles et ceux qui, depuis
des années, se battent pour le développement de
ce champ novateur, où l’économie est au
service de l'humain, et non l'inverse, attendaient en France
une loi pour développer leurs moyens d'action.
Malheureusement ce texte, pourtant promis par le premier
Ministre, a été, en décembre, renvoyé
- sans garantie aucune - à la future
mandature…
Heureusement, des outils existent déjà,
parmi lesquels, les CIGALES (Clubs d’Investissement pour
une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne
Solidaire). Elles sont nées en 1983 à
l’initiative d’une poignée de militants
alternatifs et écologistes, afin de soutenir, grâce
à la collecte d’épargne locale, la création
de ces entreprises socialement utiles et respectueuses de
l’environnement. Elles souhaitent déclencher une
vaste ré-appropriation des circuits financiers, enfin
remis à leur véritable place : avec tous, au
service de tous.
Le principe des CIGALES est simple : la
structure juridique est celle d’un club d’investissement.
Les participants décident d’épargner
régulièrement une somme d’argent pour une
durée de 5 ans. Tous disposent d’un droit de vote
identique lors des choix d'investissements. Pour qu'un porteur
du projet en reste maître, la part des CIGALES n’excède
pas 25 % du capital des sociétés aidées.
Lorsqu’une initiative est soutenue par des CIGALES - donc
expertisée par des citoyens responsables - elle est
davantage crédible auprès des banques, alors
moins réticentes à participer à son
financement.
En 2000, en France, 120 CIGALES ont collecté
et investi 1,4 million d'euros dans de petites entreprises de
leur entourage.
Dans le Tarn, après celle d’Albi,
la CIGALES "Grain de pays" vient de naître à
Gaillac, à l’initiative de militants associatifs
impliqués dans le développement solidaire, la
culture ou la démocratie participative. Prochaine étape,
la constitution d’une plate-forme départementale
de cette économie avec tous les acteurs locaux concernés
: associatifs, mutuelles, coopératives d’insertion,
SCOP... Objectif : organiser un cycle de rencontres, pour
échanger des infos sur les activités de chacun,
mais aussi obtenir une reconnaissance, tant auprès du
public que des institutionnels, qui ignorent la crédibilité
de cette économie responsable…et parfois même
son existence.
Au niveau communautaire, hélas, le
modèle dominant a réussi à se débarrasser,
provisoirement, de cette nouvelle pousse. Ainsi la direction
chargée au sein de la Commission Européenne de
développer ces nouvelles formes d’économie
a disparu après quelques années d'existence.
Actuellement, certains appels d’offres lancés par
la direction générale "Emploi" peuvent
pourtant soutenir des projets de l’économie
sociale. "On est loin du compte !" s'insurge
l'eurodéputé Vert Alain Lipietz, économiste
et théoricien de ce nouveau modèle solidaire,
pour qui il est urgent de favoriser le réel
développement de cette économie, qui est moins
virtuelle que bien d'autres…
CIGALES
"Grain de pays"
c/o Christian Denis,
40,
rue de Boutge
81600 Gaillac
Tel / Fax : 05 63 57 92 46