Au
nom du fisc
Carré
d'Europe N°5 – HIVER 2000-2001 L'Europe vue de
l'Hémicycle
"Paquet"
: jargon européen, technique consistant le plus souvent
à faire passer une mauvaise mesure coincée entre
deux autres plus acceptables. Au cours de la présidence
française, l'une des avancées de l'Europe,
ratifiée à Nice, fut un début
d'harmonisation fiscale, avec l'adoption du "paquet
Monti", du nom du commissaire européen en charge de
la concurrence. Il s'agit des bases d'une harmonisation fiscale
de l'épargne : le compromis prévoit une retenue
fiscale à la source dans le pays d’origine de
l’investisseur de 15 % pendant 3 ans, puis de 20 %, et
une déclaration de la banque qui effectue la
transaction. 75 % de cet impôt est reversé au pays
dans lequel réside l’épargnant.
Il
reste pourtant du chemin à parcourir. La fiscalité,
même après Nice, fait en effet toujours partie des
thèmes sur lesquels les Etats, jaloux de leurs
prérogatives, ont besoin de l’unanimité
pour avancer encore.
Or le Luxembourg s’est
spécialisé dans les services bancaires, qui
représentent 36 % du PIB, 45 % des recettes de l’Etat
et emploient à eux seuls près de 10 % de la
population active du grand-duché. De même, le
Royaume-Uni cultive aussi sa différence en matière
de "paradis fiscal". Comme au Danemark, qui vient de
confirmer par référendum qu'il ne veut pas non
plus faire partie de la zone euro, les intérêts
versés à des non-résidents n'y étaient
pas imposés.
L'adoption du "paquet Monti" a
donc été une bonne surprise, quasi-historique. Il
semble en réalité que les milieux financiers
eux-mêmes, compromis dans des mouvements frauduleux de
capitaux, aient préféré concéder ce
début d'harmonisation.
Mais cette avancée
reste suspendue à la levée du secret bancaire de
la Suisse, une des raisons du refus de ce pays de rentrer dans
l'Union européenne. Par ailleurs, comme l’a relevé
Alain Lipietz, eurodéputé Vert, membre de la
commission des Affaires économiques et monétaires,
d’autres chantiers piétinent, comme la fiscalité
des entreprises. L'absence de règles communes dans ce
dernier domaine laisse perdurer le dumping social, qui entraîne
des drames humains lorsqu'une entreprise française
décide soudain de se délocaliser en Ecosse, par
exemple. Et sur ce point comme sur tant d’autres, rien
n’est sorti du bourbier niçois.
Contact
Alain, alipietz@europarl.eu.int
site
www.lipietz.net