Démêler
l'écheveau
Carré d'Europe N°9 –
HIVER 2001-2002 L'Europe vue d'Aquitaine
Faire
découvrir un patrimoine industriel trop souvent ignoré,
produire tout en respectant l’environnement des laines de
qualité, relancer l’économie locale et
aider à l’insertion, c’est le projet de la
filature de Belvès installée dans la vallée
de la Nauze en Dordogne, au cœur du Périgord.
La
filature a été créée aux environ de
1850 dans une vallée qui alimentait en énergie
pas moins de quarante moulins sur vingt kilomètres.
Faute de relève et dans une conjoncture économique
difficile, elle a interrompu ses activités à la
fin des années 1980.
Refusant de se résigner,
un groupe de personnes décide, en créant une
association, de faire revivre le lieu avec un projet alternatif
et novateur.
Avec l’aide précieuse de l’ATELIER
(Association Textile Européenne de Liaison d’Innovation
d’Échange et de Recherche) le projet "comment
tisser le passé avec les fils du futur" voit le
jour.
L’ATELIER vient de la volonté d’une
coopération solidaire entre professionnels de la laine
et du textile (éleveurs, tondeurs, artistes,
scientifiques, musées textiles, écoles agricole…)
au niveau européen. Les adhérents signent une
charte où ils s’engagent à utiliser une
matière première locale, à contribuer à
la maîtrise complète de la filière, à
constituer un réseau d’entraide, à
promouvoir les produits par un label de qualité. Cette
charte précise qu’aucune personne participant à
la transformation d’un produit ATELIER ne subira une
quelconque forme d'exploitation. L’ATELIER est aussi une
force de proposition pour faire évoluer la législation
européenne et pour soutenir la filière, mais est
loin d'avoir la puissance d'influence des multinationales du
textile (notamment synthétique) qui sillonnent le
quartier des décideurs bruxellois…
Le projet
de la filature de Belvès est maintenant porté par
une coopérative autogérée qui rassemble
des activités de production de laine, mais aussi de
transformation. Elle est ouverte au public qui peut découvrir
cette industrie artisanale. Un centre de ressources, d’échange
et de formation doit voir le jour. Cette filature s’inscrit
aussi dans une démarche d’économie sociale
et solidaire, puisqu'elle crée des emplois en donnant à
des Rmistes, porteurs de projet, la possibilité de
retrouver une activité.
Nouvelle façon
d’aborder les relations dans le travail, construction de
l’avenir en tenant compte du passé, inscription
dans un territoire que l'on respecte, utilisation de
financements solidaires… autant d'ingrédients de
ce "développement durable" dont les
eurodéputés Verts parlent dans les travées
de l'hémicycle strasbourgeois.
Mais pour ces
professionnels de la fibre, l'écheveau le plus difficile
à démêler semble celui des subventions
européennes. Car si des aides communautaires sont
disponibles pour ce type d’initiative, la complexité
des démarches pour obtenir ses financements est telle
que beaucoup de porteurs de projets baissent rapidement les
bras face à une bureaucratie jugée lointaine. Il
est vrai que la jungle des programmes d'aides de l'Union,
couplée à un "zonage par objectifs"
semble inextricable. L'idée européenne gagnerait
en lisibilité et efficacité - donc en popularité
- si elle savait simplifier ses méthodes, et délocaliser
ses services dans nos régions au travers d'antennes de
proximité. À méditer.
L'ATELIER
Tél
: 04 92 25 71 88
Fax : 04 92 24 15 77
Filature de
Bèlvès
Tél : 06 88 55 33 08
Fax
: 05 53 59 66 08