Fiscalité
directe et vote à la majorité qualifiée
Position
du groupe sur la coordination de la fiscalité directe et
le vote à la majorité qualifiée
Texte
adopté le 7 juin 2000
1.
Introduction
2. Bref état de la situation
3. CIG
et passage à la majorité qualifiée
1.
INTRODUCTION
L’objectif
du débat que le Groupe doit avoir sur la fiscalité
directe peut se concentrer, dans un premier temps, sur les
domaines où la majorité qualifiée au
Conseil est souhaitable.
Si
un consensus existe entre nous pour le vote à la MQ en
matière de fiscalité environnementale, il faut
vérifier l’existence d’un accord sur la
question de la fiscalité directe sur les revenus de
l’épargne et en matière d’impôts
des sociétés (1) . Nous n'abordons pas ici non
plus la question de la TVA et accises, ni la question des aides
d'Etat comprenant des régimes fiscaux spécifiques.
Nous
ne devons pas faire de cette question un débat d’idées
à priori sur la nature du futur de l'Union; Notre
réflexion et nos propositions doivent partir du constat
de la situation actuelle -qui est une situation de blocage- et
de l’identification des besoins en fonction de nos
objectifs.
2.
BREF ETAT DE LA SITUATION
-
Afin d’éviter tout malentendu, il convient d’abord
de préciser la portée limitée des
propositions de la Commission actuellement sur la table (2).
L’approche
de la Commission est liée, comme souvent, à la
libre circulation des personnes et des capitaux et à la
lutte contre la concurrence fiscale «dommageable »
entre Etats à la fois du point de vue de la localisation
d’investissements au sein de l’UE comme du point de
vue des placements financiers (résidents/non-résidents).
L’intention
n’est donc pas d’interférer directement sur
l'ensemble des systèmes fiscaux nationaux ni sur la
fonction redistributive de la fiscalité, ni de
revendiquer une uniformité des taux et moins encore de
favoriser une augmentation de la fiscalité globale.
-
En décembre 97, le Conseil Ecofin s'est enfin mis
d'accord (à l'unanimité) sur le constat que la
taxation du facteur "capital" est en baisse et celle
du facteur travail augmente provoquant une surcharge de ce
dernier nuisant à l'emploi et que la situation présente
nuit aux recettes des Etats par l'évasion et la fraude
fiscale qu'elle permet et favorise également des
délocalisations d'entreprises à l'intérieur
de l'Union.
Dans
la foulée, un accord s'est fait pour demander à
la Commission une proposition de directive formulant des
actions contre la non-taxation des revenus de l'épargne
des particuliers « non-résidents » et sur un
« code de conduite » évitant la compétition
dommageable entre les Etats membres en matière de
taxation des entreprises. Une étude a été
commissionnée avec le but d'énumérer
toutes les dispositions fiscales existantes en matière
d'impôt des sociétés (ISOC) «
dommageables » fiscalement (Groupe Primarolo).
Malgré
cet accord de principe, plus de deux ans après, le
Conseil n'a toujours pas abouti et le Conseil européen
d'Helsinki a dû enregistrer l'échec.
Parallèlement, la proposition de la Commission en
matière de taxe énergie est elle aussi également
bloquée.
A
notre sens, ce blocage, facilité par la règle de
l'unanimité, est une illustration de choix politiques
bien connus qui consistent sur le plan européen à
privilégier l'intégration européenne par
la déréglementation des marchés nationaux
(« intégration négative ») sans
élaborer, en contrepartie, une régulation
européenne (« intégration positive »).
3.
CIG ET PASSAGE A LA MAJORITE QUALIFIEE (MQ)
-
Les modes d'intervention communautaires en termes de
régulation sont traditionnellement classés en
trois catégories : la coordination des législations,
l'adoption de normes (minimales) et l'harmonisation des règles.
En matière fiscale, des exemples existent dans les trois
catégories.
Les
négociations actuelles au sein de la CIG font paraître
à ce stade que plusieurs gouvernements sont opposés
à tout passage à la majorité qualifiée.
Dans ces conditions, l'option de la « coopération
renforcée » en matière fiscale sera
présentée comme la porte de sortie permettant de
ratifier la CIG malgré l'échec sur ce point.
Si
la coopération renforcée peut être utile
pour la taxe énergie à condition qu'elle couvre
un nombre de pays suffisants, nous restons toutefois très
sceptiques sur la praticabilité de cette option pour la
fiscalité directe sur les facteurs les plus mobiles -
non seulement au vu des conditions concrètes imposées
par l'article 11 (CE) et qu'il faudrait modifier - mais aussi
parce que la concurrence fiscale entre Etats membres sera
rendue plus visible entre les « ins » et les «
outs » de la coopération . La coopération
renforcée serait sans doute suffisante pour l'eco-taxe
énergie, mais à peine utile pour la taxation des
revenus du capital.
-
La Commission, quant à elle, propose dans le cadre de la
CIG d'introduire le vote à la majorité qualifiée
pour certains aspects liés au Marché unique et
pour les mesures fiscales qui ont pour principal objectif de
protéger l'environnement (3).
Les
mesures pour lesquelles un vote à la majorité
qualifiée (en liaison avec Art. 251 (co-décision))
est envisagé se limitent à une législation
qui n'envisage pas une harmonisation des taxes mais - au
maximum - une coordination ou la fixation d'un taux minimal. En
plus, la définition donnée de la part de la
Commission sur la taxation "liée au Marché
unique" n'est ni claire ni exhaustive. Dans la domaine de
la taxation des entreprises, seule la "compétition
dommageable", comme définie par le Conseil pour le
groupe Primarolo, est l'objet de préoccupations ("Tax
measures which provide for a significanatly lower effective
level of taxation than those levels generally applied in the
Member State"). Cette disposition ne formerait pas un
"plancher" contre la concurrence fiscale, ni contre
l'érosion de la base fiscale des Etats Membres.
-
Du point de vue des Verts/ALE, notre position minimale pourrait
se formuler ainsi :
1.Compte
tenu de l'intégration des marchés et de la
mobilité des capitaux et des entreprises, la
subsidiarité, telle que définie par le Traité,
impose que des règles européennes soient fixées
en matière fiscale. C'est une condition pour respecter
l'existence des systèmes nationaux différents au
sein de l'Union.
Ces
règles pourraient être inspirées par le
principe suivant : il est inutile d'harmoniser les taxes
portant sur ce qui est peu mobile(le foncier, l'habitat, etc) :
chaque pays voire chaque région choisit le niveau de
socialisation et de redistribution désiré par ses
résidents. Ce qui est très mobile (le capital
financier) doit être taxé de la même manière
dans tous les pays de l'Union.
2.
La fiscalité est un instrument au service d'objectifs de
développement durable, tant dans sa dimension
environnementale que sociale. Aux prélèvements
obligatoires correspondent la production de biens publics comme
la santé, la justice ou l'éducation. En soi, la
comparaison de la hauteur des niveaux globaux des prélèvements
n'a pas de sens.
3.
Les Verts sont favorables à une rééquilibrage
et une modification de la structure des recettes fiscales qui
détaxe le travail et taxe davantage les revenus du
capital et l'utilisation des ressources non renouvelables.
4.
La situation actuelle en matière de fiscalité sur
les revenus de l'épargne est inacceptable du point de
vue de la citoyenneté. La différenciation entre
résidents et non-résidents au sein même des
nationaux de l'UE doit être supprimée. Le secret
bancaire ne peut être un obstacle à la légalité
de la taxation. L'existence de paradis fiscaux à
l'intérieur même de l'Union ainsi que dans les
territoires dépendants ou associés et les
territoires pour lesquels l'article 299.4 du Traité est
applicable doit être supprimée. La prise en
considération des territoires dépendants ou
associés doit être une condition pour aborder le
secret bancaire et la taxation.
5.
Nous soutenons le projet de taux minimaux harmonisés en
matière de revenus de l'épargne et d'ISOC en vue
d'aboutir à un régime fiscal qui évitera
que les Etats Membres recourent au dumping fiscal (par exemple
dans le domaine de la taxation des entreprises). Au vu de la
situation actuelle de blocage au Conseil et en prévision
de l'élargissement de l'Union, le passage à la MQ
(et donc à la co-décision pour le PE) est
indispensable et constitue un élément crucial de
l'évaluation que nous ferons des résultats de la
CIG.
__________________________________________________
(1)
Dans le cadre de la CIG, la question est une nouvelle fois
posée – après Amsterdam – de
l’extension du vote à la majorité
qualifiée et de la co-décision pour certaines
matières fiscales. Pour rappel, en l’état
actuel des Traités, l’art. 93 (TVA et accises) et
l’art. 94 (rapprochement des législations) ainsi
que l’art. 175 (fiscalité environnementale)
exigent l’unanimité an Conseil. Le résultat
concret de cette situation – qui n’est certes pas
uniquement imputable à cette règle – est
que 15 ans après la relance de la législation
européenne pour « unifier » le marché
intérieur, aucune proposition législative en
matière fiscale à visée régulatrice
n’a été adoptée.
(2)
Une description détaillée de la situation et des
propositions se trouve sur le site WEB europa/scadplus/leg et
dans « les fiches techniques » du Parlement (3.4.5
à 3.4.9).
(3)
COM(2000)114
Texte
rédigé par Pierre Jonckheer, Alain Lipietz et
Gorka Knörr avec la collaboration de Joachim Denkinger