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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




L'Europe en compote
Carré d'Europe N°6 – PRINTEMPS 2001 L'Europe vue de Midi-Pyrénées

L'insertion par le travail et la formation : l'idée n'est pas nouvelle. Mais quand le travail de tels salariés permet aussi à d'autres personnes en difficulté de manger à leur faim, c'est là une démarche innovante. À Montauban, l'association INSERFRUIT produit, depuis 1997, de la purée de pommes à partir de fruits de retrait. Mais cette production n'est qu'un prétexte, car les vrais objectifs sont de lutter contre le gaspillage, de former, d’insérer, et d’avoir une action humanitaire. Pourtant tout a failli s'arrêter, à cause de l'Europe et de ses règles trop uniformes, capable parfois de casser ce qu'elle a contribué à créer.

Carré d'Europe a rencontré Francis Vidal, responsable technique d'INSERFRUIT.

Quelle est l'origine du projet ?
L'idée d'INSERFRUIT vient du toulousain Monsieur de Gaulejac, vice-président de la fédération française des banques alimentaires. Au niveau national, ces banques sont habilitées à recueillir des denrées alimentaires de diverses origines. Il y a les excédents européens, les rebuts (mais tout à fait consommables) des entreprises agroalimentaires, les "J-2" ou "J-3" des grandes surfaces, qui sont distribués dans la journée, et, enfin - mais nous n'y comptons pas beaucoup bien sûr -, les accidents de camions qui transportent des produits alimentaires… Les banques alimentaires récupèrent et stockent ces produits, dans les règles de l'art, et les distribuent aux associations caritatives, mais pas aux particuliers.
Pour les fruits, quand les cours s'écroulent, l'Europe autorise le retrait des marchandises du marché et indemnise les agriculteurs. Au lieu d'être détruits, ces fruits peuvent bénéficier aux associations caritatives. Le problème, c'est que de grosses quantités arrivent d'un seul coup et nous ne pouvons pas tout distribuer sous forme de produits frais. D'où l'idée de M. de Gaulejac de faire transformer ces fruits par des chômeurs de longue durée.

Comment l'atelier de Montauban a-t-il été créé ?
Le Tarn-et-Garonne a d'abord été choisi parce que c'est un département producteur de fruits et qu'il y a eu une écoute attentive de la municipalité montalbanaise de l'époque. Ensuite parce que le groupement de producteurs Blue Whale, dont le siège est à Montauban, s'est engagé à nous fournir 300 tonnes de pommes de retrait par an. Nous transformons les fruits en compote et les mettons en boîtes qui sont ensuite distribuées par les 74 banques alimentaires départementales. Je tiens à préciser que le tout est vérifié par les organismes de l'État - dont les douanes - qui contrôlent que les pommes ne seront pas remises sur le marché. La Banque Alimentaire a signé une convention avec l'Office National Interprofessionnels des Fruits, des Légumes et de l'Horticulture (ONIFLHOR), organisme habilité à gérer les retraits. Pour nous lancer, nous avons eu des subventions d'investissement pour acheter les machines : 50% venant du ministère de l'Emploi et de la Solidarité, 50 % venant de l'Europe.

L'Europe vous a aidé, … et puis ?
Et puis l'Europe a failli tout casser en voulant appliquer aveuglément ses règles. En effet, selon la directive 398/2000, quand le produit de retrait est transformé, les producteurs ne peuvent plus bénéficier de la subvention pour l'emballage en caisses de 12 à 13 kg. Cette directive vise à limiter les dérives, car certaines associations caritatives faisaient transformer leurs fruits par des entreprises et, pour payer cette opération, laissaient aux transformateurs une partie des produits reconditionnés. Ce "troc" remettait alors dans le circuit commercial une partie de la marchandise d'origine, ce qui faussait la concurrence car ces produits avait déjà été subventionnés pour être retirés. Donc, comme les producteurs ne sont plus payés pour l'emballage en petites caisses, ils ne peuvent livrer à INSERFRUIT que des containers de 350 kg appelés "palox". Nous étions coincés entre l'impossibilité de manipuler ces "palox" et la directive européenne qui ne prend pas en compte la spécificité d'une association qui transforme elle même, et seulement au profit de la Banque Alimentaire. Après de longues démarches, INSERFRUIT a obtenu du ministère de l'Agriculture une subvention de 140 000 F, via l'ONIFLHOR, pour acheter la machine permettant de vider les palox... INSERFRUIT est sauvé et la réglementation européenne respectée…

INSERFRUIT en termes d'emploi ?
Notre atelier de transformation emploie 2 équipes de 5 personnes qui travaillent une semaine sur deux. Elles sont embauchées en "Contrat Emploi Solidarité" de 6 mois renouvelable. Ce sont généralement des chômeurs de longue durée et pour la plupart des RMIstes. Nous devons donc les aider à se remettre en question, à respecter les horaires, les collègues… Notre but est vraiment la réinsertion. Les salariés bénéficient d'un suivi professionnel qui les incite à trouver autre chose qu'un mi-temps à INSERFRUIT ! Nous les accompagnons pour trouver une formation qui leur permettra d'apporter un plus à leur CV : permis de conduire, remise à niveau en français, formation pour pouvoir travailler dans des entreprises de transport de denrées alimentaires et de matières dangereuses, informatique… Et ça marche : en 2000, 68 % des personnes qui sont passées dans l'atelier ont trouvé un emploi stable par la suite. C'est là que je me dis que je fais vraiment un travail formidable !

Contact
INSERFRUIT,
1357, av. de Falguière 82000 Montauban
Tél. : 05 63 63 15 10 - Fax : 05 63 63 15 11