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Gérard ONESTA
Député Vert européen,
Vice Président du Parlement européen




Babel reconstruite ?

Le secrétariat du Parlement européen redoute le blocage technique. La récente décision du Conseil de donner au gaëlique le rang de langue officielle de l'Union est un vrai casse tête, car il n'y a sur le marché que trois interprètes disponibles parlant l'irlandais… Heureusement, pour l'essentiel, ce n'est qu'au niveau de la traduction finale des textes européens que l'on retrouvera systématiquement la version gaëlique (ce qui sous entend aussi de bons juristes spécialisés dans cette langue !), car la plupart des députés de l'Eire continueront, comme 99 % de leurs concitoyens, à parler anglais.

Mais la "révolution linguistique" ne s'arrête pas là. Au Conseil, il est désormais possible de s'exprimer aussi en catalan, en galicien et en basque, même si c'est l'État espagnol, et non le budget communautaire, qui payera alors pour les frais occasionnés. Pour Raùl Romeva, député Vert catalan, la transposition de cette mesure au Parlement serait aisée, et à peu de frais : "la cabine d'interprétation portugaise comprend le galicien qui est sa langue souche, et nombre d'interprètes espagnols savent le catalan". Pour le basque, les bi-locuteurs sont plus rares, mais rien ne semble insurmontable. Pour Raul qui anime un intergroupe parlementaire sur la question, "il suffirait à un député d'annoncer un peu à l'avance son intention d'utiliser en séance sa langue maternelle pour que l'intendance suive".

À la satisfaction de Gérard Onesta, ce sont donc désormais deux des trois langues "régionales" de sa circonscription qui ont droit de cité à l'Europe. À noter que c'est grâce au fédéralisme espagnol, que le catalan et l'euskara ont gagné ce statut. L'occitan, dont la zone linguistique dépend pour son immense part du jacobinisme français, devra, lui, attendre. Il est vrai que la Constitution européenne qui stipulait - pour la première fois - le respect des "droits des personnes appartenant à des minorités" (Art I-2), le respect de "la richesse culturelle et linguistique" (Art.I-3,) et l'interdiction de "toute discrimination fondée sur la langue" (Art II-81), n'est plus d'actualité…

Quant au Secrétaire général du Parlement, il redoute que cette aspiration à la diversité ne fasse école et que, par exemple, la Finlande se souvienne que pas moins de 3 dialectes lapons distincts ont aussi statut de langues co-officielles à Helsinki…