Carré
d'Europe N°6 – PRINTEMPS 2001 L'Europe vue de
l'Hémicycle
Pirates
contre poètes ?
Droit
d’accès contre propriété
intellectuelle ou piratage contre show-biz, tels étaient
les termes du débat qui a animé le Parlement
européen en février dernier, lors du vote sur la
directive visant à dissuader les copies pirates d’œuvres
diffusées sur les nouveaux supports numériques
(internet, CD-Rom, etc...).
Les députés furent
pris en tenailles entre plusieurs lobbies très actifs :
d’un côté l’industrie de l’écrit,
du son et de l’image, aidée des artistes, dont
certains ont fait le déplacement à Strasbourg (la
chanteuse Axelle Red, George Martin, ex-producteur des
Beatles…), et de l’autre les associations de
consommateurs, pour une fois en accord avec les fabricants
d’appareils électroniques.
Une large majorité
du groupe Verts/ALE a suivi Mercedes Echerer - eurodéputée
Verte autrichienne mais aussi artiste connue dans son pays -
qui arguait que l’art pour tous ne peut exister si l'on
tarit la source que sont les moyens de l'artiste.
Au final,
le Parlement a adopté un texte plutôt équilibré,
étendant le régime juridique du droit d’auteur
à la reproduction numérique, permettant ainsi la
transposition dans le droit européen des dispositions
prises par l’Organisation mondiale de la propriété
intellectuelle. La directive assure la protection juridique des
ayants-droit, mais prévoit - ce que soutenaient
également les eurodéputés Verts - des
exceptions en faveur des bibliothèques, du système
éducatif, des médias, des hôpitaux, des
prisons et des handicapés.
Un certain flou subsiste
pourtant sur la notion de "copie à usage privé",
et l’on peut s’interroger sur la fiabilité
des dispositifs techniques "anti-copies multiples".
La nouvelle directive implique la fermeture ou la taxation des
sites web d’échange d’œuvres gratuit,
type Napster (un milliard de connexions pour leseul mois de
septembre 2000 !) et laisse aux États la possibilité
d’instaurer des taxes sur le matériel
informatique, comme l'avait envisagé Catherine Tasca,
ministre de la Culture.
Un regret dans ce débat sur
l’accès à la culture et son coût :
les profits de l’industrie du show-biz - intermédiaire
clef - ne peuvent-ils pas être mis à contribution,
plutôt que de n'envisager comme seules "victimes"
que les artistes ou les consommateurs ?